{"id":5315,"date":"2012-11-14T00:10:56","date_gmt":"2012-11-13T22:10:56","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=5315"},"modified":"2012-12-14T01:35:10","modified_gmt":"2012-12-13T23:35:10","slug":"je-vous-aime-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2012\/11\/14\/je-vous-aime-2\/","title":{"rendered":"Je vous aime"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque j\u2019avais quinze ans, j\u2019\u00e9tais amoureux de Julia Roberts, \u00e0 m\u2019en rendre malade.<\/p>\n<p>Un soir, je m\u2019en suis m\u00eame tap\u00e9 la t\u00eate contre les murs de ma chambre, tant j\u2019en voulais \u00e0 cette tra\u00een\u00e9e de nous avoir tenu \u00e0 distance la veille, nous les fans, tandis qu\u2019elle faisait la belle devant le Plaza Madeleine.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais l\u2019une des plumes les plus brillantes des forums qui lui sont consacr\u00e9s, \u00e0 cette femme,\u2026 Ne reculons pas devant les mots, j\u2019\u00e9tais alors la coqueluche virtuelle de ces dames, et les admiratices japonaises de la star se mettaient m\u00eame au fran\u00e7ais pour \u00e9changer des consid\u00e9rations avec moi.<\/p>\n<p>De toutes les filles de mon cheptel, celle qui me plaisait le plus, c\u2019\u00e9tait Andr\u00e9a. Ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas la plus belle, mais elle \u00e9tait la plus jolie. Derri\u00e8re mon clavier, j\u2019imaginais une fille passe-partout, avec des lunettes, derri\u00e8re laquelle on ne se retourne pas mais dont on se dit qu\u2019elle a de sacr\u00e9s jolis yeux, quand on la voit pour la premi\u00e8re fois sans les lunettes.<\/p>\n<p>Un soir, aux alentours de mes quinze ans trois-quarts, j\u2019ai senti pour la premi\u00e8re fois le souffle de la vieillesse et de la mort passer sur ma nuque et j\u2019ai pris \u00e0 23H50 la d\u00e9cision de me caser\u2026. Assez de faire le beau, de danser de lits virtuels en lits virtuels pour faire souffrir toutes ces innocentes\u2026. Andr\u00e9a avait peut-\u00eatre des lunettes, mais ce serait ma femme, car c\u2019est ainsi que je venais d\u2019en d\u00e9cider.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge ne me faisait pas peur. Elle avait certes trente-sept ans tandis que moi je n\u2019en n\u2019avais pas encore seize, mais cette broutille ne pouvait pas davantage me faire rebrousser chemin que l\u2019infirmit\u00e9 dont elle \u00e9tait frapp\u00e9e\u2026. elle l\u2019avait longtemps \u00e9voqu\u00e9 avec pudeur, la-dite infirmit\u00e9, en pr\u00e9cisant qu\u2019elle tapait sur les touches de son clavier avec son pied gauche, et pour me signifier que notre conversation devait s\u2019arr\u00eater, elle \u00e9crivait en riant<em> \u00e0 demain, je commence \u00e0 fatiguer du pied. <\/em><\/p>\n<p>Nous nous sommes vus en janvier, pour la premi\u00e8re fois. Je me rongeais les sangs derri\u00e8re la vitre d\u2019une terrasse chauff\u00e9e du quinzi\u00e8me arrondissement, je guettais le ballet des automobiles, il neigeait, l\u2019alcool embuait d\u00e9j\u00e0 mes pens\u00e9es, quand j\u2019ai vu sortir son fauteuil du taxi, une Porsche Cayenne noire aux vitres aveugl\u00e9es\u2026. En d\u00e9pit du brouillard, j\u2019ai distingu\u00e9 tout de suite que c\u2019\u00e9tait elle, et d\u2019ailleurs, les quatre roues de sa petite voiture n\u2019\u00e9taient pas encore pos\u00e9es sur le sol qu\u2019elle me d\u00e9vorait d\u00e9j\u00e0 des yeux tout en bougeant sa t\u00eate en rigolant, pour me dire bonjour.<\/p>\n<p>Comment vous la d\u00e9crire? Pour commencer elle n\u2019a pas de bras. Plus exactement, elle n\u2019est pas nantie de ce que l\u2019on appelle couramment des bras. En lieu et place, le Tr\u00e8s-Haut lui a mis des moignons tr\u00e8s longs pour des moignons, des membres d\u2019environ quinze centim\u00e8tres qu\u2019elle rabat sous son pull, l\u2019hiver\u2026. Comme, proportionnellement, elle a de tr\u00e8s grosses miches, les deux avant- bras pos\u00e9s sur elles et sous la grosse laine donnent l\u2019impression d\u2019une esp\u00e8ce de femme-miche, et plus d\u2019un gros cochon inscrit aux Beaux-Arts ou dans une quelconque \u00e9cole de cin\u00e9ma l\u2019a harcel\u00e9e pour lui proposer d\u2019en faire leur muse\u2026. Plusieurs fois, il lui a m\u00eame fallu appeler la police, pour qu\u2019ils se contentent de regarder \u00e0 distance, qu&rsquo;ils cessent de la demander en mariage ou d\u2019insister pour qu\u2019elle tourne dans leurs films, comme elle me l\u2019a appris par la suite.<\/p>\n<p>Elle n\u2019a pas non plus tout \u00e0 fait des jambes. A droite, il n\u2019y a rien qu\u2019un morceau de peau qui pend, mais \u00e0 gauche, il y a une cuisse, un genoux, un mollet et un pied\u2026.. C\u2019est avec lui qu\u2019elle tourne les pages de ses livres, surfe sur le web, tient sa fourchette, mange, et se gratte la t\u00eate\u2026. C\u2019est \u00e7a, qui impressionne vraiment les gens\u2026 Quand ils voient son gros orteil se lever pour appeler le gar\u00e7on et quand surtout, ils le voit venir vers elle, ils balancent tous entre l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9, l\u2019admiration et la volont\u00e9 d\u2019arr\u00eater la vodka, ou pour le moins de ne plus commencer avant dix heures du matin.<\/p>\n<p>Au premier instant, j\u2019ai su que c\u2019\u00e9tait la femme de ma vie. Au d\u00e9but nous cachions notre amour et j\u2019allais la voir avant mes cours pour la coiffer et lui nettoyer la foufoune, avant de la placer devant sa fen\u00eatre avec ses chips et son jokari\u2026. Le soir, apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole, je la sortais. On allait au restaurant chinois, et quand nous arrivions, le patron Vietnamien nous balan\u00e7ait avec son accent inimitable un retentissant <em>Salut les amoureux, hi hi hi<\/em>, qui nous mettait du baume au coeur\u2026. Avec la distance, je me demande s\u2019il ne se foutait pas un peu de nos deux gueules, ce japonais.<\/p>\n<p>Il a fallu que je pr\u00e9sente ma fianc\u00e9e \u00e0 mes parents, lesquels m\u2019avaient eu jeunes, un soir d\u2019\u00e9garement, et n\u2019avaient en cons\u00e9quence aucune diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge avec ma poup\u00e9e \u2026 Mon p\u00e8re \u00e9tait un militaire de carri\u00e8re. Dans les deux ann\u00e9es qui ont suivi, il m\u2019a fait des mis\u00e8res monstrueuses, il m\u2019a battu devant ma future femme en me traitant de d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, il l\u2019a pouss\u00e9e dans les escaliers avant de me sugg\u00e9rer sardoniquement d\u2019aller la chercher, puisque je suis un homme, puis il a fait une d\u00e9pression nerveuse et il est mort\u2026. Deux ans, trois mois et sept jours apr\u00e8s la premi\u00e8re rencontre avec sa bru, et trois jours apr\u00e8s ma majorit\u00e9, pour \u00eatre absolument exact.<\/p>\n<p>Pour le coup, je viens d\u2019h\u00e9riter. Andr\u00e9a et moi, nous allons nous marier en septembre. Nous venons d\u2019acheter une maison dans le Finist\u00e8re, avec mon argent\u2026 Nous devons \u00eatre prudent dans nos investissements, car il nous faut verser encore un paquet de fric \u00e0 Ma\u00eetre Grolard, le c\u00e9l\u00e8bre t\u00e9nor du Barreau de Paris, celui qui nous a d\u00e9fendu quand mon papa a tra\u00een\u00e9 ma future femme devant la justice pour d\u00e9tournement de mineur\u2026. Il a pour le coup assur\u00e9 magnifiquement, Grolard, en faisant rire devant les cam\u00e9ra du 20 heure avec des blagues selon lesquelles ma future femme ne m\u2019avait certainement pas couru apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Andr\u00e9a et moi, on ne l\u2019aime plus, Julia Roberts. Dans notre maison du Finist\u00e8re, on surfe sur le forum des fans de Sophie Marceau.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque j\u2019avais quinze ans, j\u2019\u00e9tais amoureux de Julia Roberts, \u00e0 m\u2019en rendre malade. Un soir, je m\u2019en suis m\u00eame tap\u00e9 la t\u00eate contre les murs de ma chambre, tant j\u2019en voulais \u00e0 cette tra\u00een\u00e9e de nous avoir tenu \u00e0 distance la veille, nous les fans, tandis qu\u2019elle faisait la belle devant le Plaza Madeleine. A [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[498],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5315"}],"collection":[{"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5315"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5315\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}