{"id":4729,"date":"2011-11-04T11:26:53","date_gmt":"2011-11-04T09:26:53","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=4729"},"modified":"2011-11-04T16:40:45","modified_gmt":"2011-11-04T14:40:45","slug":"du-nil-a-la-vallee-de-kapissa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2011\/11\/04\/du-nil-a-la-vallee-de-kapissa\/","title":{"rendered":"Du Nil \u00e0 la vall\u00e9e de la Kapissa"},"content":{"rendered":"<p>Edit\u00e9 en 1896, <em>La trag\u00e9die du Korosko<\/em> d\u00e9peint l&rsquo;enl\u00e8vement de touristes Occidentaux naviguant sur le Nil jusqu&rsquo;\u00e0 la lisi\u00e8re du Soudan. Khartoum est tomb\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t (1885) sous les coups de la r\u00e9volte mahdiste, immortalis\u00e9e par Charlton Heston dans le film \u00e9ponyme. Apr\u00e8s la sortie du roman de Conan Doyle, il faudra encore attendre deux ans pour voir les Anglais reprendre la ville. L&rsquo;auteur place son intrigue dans cette situation d&rsquo;incertitude \u00e0 la fronti\u00e8re \u00e9gyptienne. Soumise aux razzias des tribus arabes et noires converties \u00e0 l&rsquo;islam, les touristes ne se doutent pas du danger qui les guettent entre les ruines antiques et les excursions pittoresques. Bient\u00f4t captur\u00e9s par des guerriers de l&rsquo;islam, une course poursuite s&rsquo;engage entre pillards et troupes britanniques venant \u00e0 la rescousse.<\/p>\n<p>Toujours tr\u00e8s actuel dans ses consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales, le roman malgr\u00e9 un style vieillot marqu\u00e9 par la biens\u00e9ance exig\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, distille au fil des dunes des situations et des analyses qu&rsquo;on pourrait croire transpos\u00e9es de l&rsquo;actualit\u00e9 la plus r\u00e9cente. Les Britanniques ont c\u00e9d\u00e9 leur place aux Am\u00e9ricains comme gendarmes du monde, mais pour le reste les mentalit\u00e9s sur ces sujets ont remarquablement peu \u00e9volu\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous entendons toujours, comme Mlle Adams, exporter nos valeurs et faire le bien du monde malgr\u00e9 lui, sans imaginer qu&rsquo;on puisse penser autrement et nous ha\u00efr pour les bienfaits maternels dont nous nous rendons coupables.<\/p>\n<blockquote><p>\u2013 Il y a une chose que je d\u00e9sire ! d\u00e9clara Mademoiselle Adams de la voix dure et m\u00e9tallique qui camouflait son c\u0153ur tendre. C\u2019est de voir le Parlement de ce pays et de lui exposer un certain nombre de faits. Une loi imposant l\u2019usage du collyre serait l\u2019une de mes propositions ; une autre serait l\u2019abolition de ces sortes de voiles qui transforment les femmes en balles de coton trou\u00e9es pour les yeux.<\/p>\n<p>\u2013 Je ne pouvais pas comprendre pourquoi elles portaient des voiles, dit Sadie. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 j\u2019en ai vu une qui avait relev\u00e9 le sien. Alors j\u2019ai compris !<\/p>\n<p>\u2013 Elles me fatiguent, ces femmes ! s\u2019\u00e9cria Mademoiselle Adams irrit\u00e9e. Autant pr\u00eacher le devoir, la d\u00e9cence et la propret\u00e9 \u00e0 un traversin ! Tenez, hier encore \u00e0 Abou-Simbel, Monsieur Stephens, je passais devant l\u2019une de leurs maisons (si vous pouvez appeler maison ce p\u00e2t\u00e9 de boue) ; j\u2019ai vu deux enfants sur le pas de la porte, avec l\u2019habituelle cro\u00fbte de mouches autour de leurs yeux et de grands trous dans leurs pauvres petites robes bleues ! Je suis descendue de mon \u00e2ne ; j\u2019ai relev\u00e9 mes manches ; je leur ai lav\u00e9 la figure avec mon mouchoir ; j\u2019ai recousu leurs robes\u2026 Dans ce pays, je ferais mieux de d\u00e9barquer avec ma bo\u00eete \u00e0 ouvrage qu\u2019avec une ombrelle blanche, Monsieur Stephens ! Bref, je me suis piqu\u00e9e au jeu, et je suis entr\u00e9e dans la maison. Quelle maison ! J\u2019ai fait sortir les gens qui s\u2019y trouvaient et j\u2019ai fait le m\u00e9nage, comme une domestique. Je n\u2019ai pas plus vu le temple d\u2019Abou-Simbel que si je n\u2019avais jamais quitt\u00e9 Boston. Par contre, j\u2019ai vu plus de poussi\u00e8re et de crasse entass\u00e9es dans une maison grande comme une cabine de bain de Newport que dans n\u2019importe quel appartement d\u2019Am\u00e9rique. Entre le moment o\u00f9 j\u2019ai retrouss\u00e9 mes manches et celui o\u00f9 je suis repartie, avec le visage noir comme cette fum\u00e9e, il ne s\u2019est pas \u00e9coul\u00e9 plus d\u2019une heure ; peut-\u00eatre une heure et demie, au maximum ! Mais j\u2019ai laiss\u00e9 cette maison aussi nette qu\u2019une bo\u00eete neuve. J\u2019avais sur moi un exemplaire du New York Herald ; je l\u2019ai \u00e9tendu sur leur \u00e9tag\u00e8re. Eh bien. Monsieur Stephens, je suis all\u00e9e me laver les mains au-dehors, et quand je me suis retourn\u00e9e, les enfants avaient encore les yeux pleins de mouches et ils n\u2019avaient pas chang\u00e9, sauf qu\u2019ils avaient chacun sur la t\u00eate un petit chapeau de gendarme fait avec mon New York Herald.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les Fran\u00e7ais croient toujours que l&rsquo;islamisme est un complot invent\u00e9 par les Anglo-Saxons. A <em>La Patrie<\/em> s&rsquo;est substitu\u00e9 <em>Le monde diplomatique<\/em>.<\/p>\n<blockquote><p>\u2013 Des derviches, Monsieur Headingly ? disait-il en excellent anglais mais en s\u00e9parant les syllabes comme la plupart des Fran\u00e7ais. Mais il n\u2019y a pas de derviches. Les derviches n\u2019existent pas ! <\/p>\n<p>\u2013 Moi, je croyais que le d\u00e9sert en \u00e9tait rempli, r\u00e9pondit l\u2019Am\u00e9ricain. Monsieur Fardet jeta un regard oblique vers l\u2019endroit o\u00f9 brillait dans les t\u00e9n\u00e8bres le feu rouge du cigare du colonel Cochrane.<\/p>\n<p>\u2013 Vous \u00eates Am\u00e9ricain, et vous n\u2019aimez pas les Anglais, murmura-t-il. Tout le monde sur le continent sait que les Am\u00e9ricains sont hostiles aux Anglais.<\/p>\n<p>\u2013 Ma foi, d\u00e9clara Headingly de sa voix lente et r\u00e9fl\u00e9chie, je ne nierai pas que nous avons nos petits d\u00e9saccords, et que certains de mes compatriotes, sp\u00e9cialement ceux de souche irlandaise, sont des anti-Anglais enrag\u00e9s ; cependant la grande majorit\u00e9 des Am\u00e9ricains ne pense aucun mal de la m\u00e8re patrie. Les Anglais peuvent parfois nous exasp\u00e9rer, mais ils sont de notre famille ; nous ne l\u2019oublions jamais.<\/p>\n<p>\u2013 Soit ! dit le Fran\u00e7ais. Du moins puis-je m\u2019exprimer avec vous comme je ne pourrais pas le faire avec les autres sans les offenser. Et je r\u00e9p\u00e8te qu\u2019il n\u2019y a pas de derviches. Les derviches ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s par Lord Cromer en 1885.<\/p>\n<p>\u2013 Vous ne parlez pas s\u00e9rieusement ! s\u2019\u00e9cria Headingly.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est un fait bien connu \u00e0 Paris ; il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par La Patrie et d\u2019autres journaux renseign\u00e9s.<\/p>\n<p>\u2013 Mais c\u2019est colossal ! Voudriez-vous dire par l\u00e0, Monsieur Fardet, que le si\u00e8ge de Khartoum et la mort de Gordon et le reste ont fait partie d\u2019un vaste bluff ?<\/p>\n<p>\u2013 Je ne conteste pas qu\u2019une \u00e9meute ait eu lieu, mais c\u2019\u00e9tait un incident local, comprenez-vous ? Un incident oubli\u00e9 depuis longtemps. Depuis, le Soudan a joui d\u2019une paix r\u00e9elle.<\/p>\n<p>\u2013 Mais j\u2019ai entendu parler de razzias, Monsieur Fardet, et j\u2019ai lu des comptes rendus de combats, \u00e9galement, quand les Arabes ont tent\u00e9 d\u2019envahir l\u2019\u00c9gypte. Avant-hier nous avons d\u00e9pass\u00e9 Toski ; l\u2019interpr\u00e8te<br \/>\nnous a indiqu\u00e9 qu\u2019une bataille y avait \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e. \u00c9tait-ce aussi du bluff ?<\/p>\n<p>\u2013 Peuh, mon ami, vous ne connaissez pas les Anglais ! Vous les regardez fumant la pipe et le visage \u00e9panoui, et vous dites : \u00ab Ce sont vraiment de braves gens, des gens simples, qui ne feraient pas de mal \u00e0 une mouche ! \u00bb Mais tout le temps ils r\u00e9fl\u00e9chissent, ils guettent, ils font des projets. \u00ab Voici la faible \u00c9gypte, disent-ils. Allons-y ! \u00bb Et ils s\u2019abattent sur elle comme une mouette sur une cro\u00fbte de pain. \u00ab Vous n\u2019avez aucun droit sur l\u2019\u00c9gypte ! proteste le monde. Allez-vous en ! \u00bb Mais l\u2019Angleterre a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 mettre de l\u2019ordre partout, tout comme cette bonne Mademoiselle Adams quand elle envahit la maison d\u2019un Arabe. \u00ab Allez-vous en ! \u00bb r\u00e9p\u00e8te le monde. \u00ab Certainement, r\u00e9pond l\u2019Angleterre. Attendez encore une petite minute, pour que j\u2019aie le temps de tout rendre propre et net. \u00bb Le monde attend alors pendant un an ou deux, puis il r\u00e9p\u00e8te \u00e0 nouveau : \u00ab Allez-vous en ! \u00bb Et l\u2019Angleterre r\u00e9plique : \u00ab Patientez un peu : il y a du grabuge \u00e0 Khartoum ; quand la tranquillit\u00e9 sera r\u00e9tablie, je serai ravie de m\u2019en aller. \u00bb Et le monde patiente. Mais le monde, lorsque le grabuge de Khartoum est termin\u00e9, insiste pour que l\u2019Angleterre s\u2019en aille. \u00ab Comment pourrais-je partir, demande l\u2019Angleterre, quand il y a encore des razzias et des batailles en cours ? Si je m\u2019en allais, l\u2019\u00c9gypte serait la proie des sauvages ! \u00bb Et le monde s\u2019\u00e9tonne : \u00ab Mais il n\u2019y a pas de razzias ni de batailles ! \u00bb Alors l\u2019Angleterre : \u00ab Ah, il n\u2019y en a pas ? \u00bb Et dans la semaine qui suit, ses journaux regorgent de r\u00e9cits sur les raids et les exp\u00e9ditions des derviches. Nous ne sommes pas tous aveugles, Monsieur Headingly ! Nous comprenons tr\u00e8s bien comment on arrange les choses : quelques B\u00e9douins, un petit bakhchich, des cartouches \u00e0 blanc et, attention, une razzia !<\/p>\n<p>\u2013 Bien, bien ! fit l\u2019Am\u00e9ricain. Je suis heureux de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 sur cette affaire, car elle m\u2019a souvent intrigu\u00e9. Mais qu\u2019y gagne l\u2019Angleterre ?<\/p>\n<p>\u2013 Je vois. Vous voulez dire, par exemple, qu\u2019il existe un tarif pr\u00e9f\u00e9rentiel pour les marchandises anglaises ?<\/p>\n<p>\u2013 Non, Monsieur. Le tarif est le m\u00eame pour tous.<\/p>\n<p>\u2013 Alors que les Anglais y obtiennent des contrats ?<\/p>\n<p>\u2013 Exactement, Monsieur.<\/p>\n<p>\u2013 Par exemple, la voie ferr\u00e9e que l\u2019on construit le long du fleuve et qui traverse le pays a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019un contrat int\u00e9ressant pour une soci\u00e9t\u00e9 anglaise ?<\/p>\n<p>Monsieur Fardet avait de l\u2019imagination, mais il \u00e9tait honn\u00eate.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est une compagnie fran\u00e7aise, Monsieur, qui a obtenu le contrat pour la voie ferr\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019Am\u00e9ricain s\u2019\u00e9tonna.<\/p>\n<p>\u2013 Les Anglais ne paraissent pas avoir gagn\u00e9 grand-chose, comparativement aux difficult\u00e9s qu\u2019ils ont rencontr\u00e9es, dit-il. Mais enfin ils doivent bien b\u00e9n\u00e9ficier de quelques avantages indirects. Par exemple, l\u2019\u00c9gypte paye certainement l\u2019entretien de tous ces habits rouges au Caire ?<\/p>\n<p>\u2013 L\u2019\u00c9gypte, Monsieur ? Non, ils sont pay\u00e9s par l\u2019Angleterre. \u2013 Eh bien, il ne m\u2019appartient pas de dire aux Anglais comment g\u00e9rer leurs int\u00e9r\u00eats, mais j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils se donnent beaucoup de mal pour pas grand-chose ! S\u2019il leur pla\u00eet de maintenir l\u2019ordre et de garder la fronti\u00e8re au prix d\u2019une guerre incessante contre les derviches, je ne vois pas pourquoi quelqu\u2019un y trouverait \u00e0 redire. La prosp\u00e9rit\u00e9 du pays s\u2019est consid\u00e9rablement accrue depuis leur arriv\u00e9e : les statistiques sur le revenu le prouvent. On m\u2019a \u00e9galement assur\u00e9 que les pauvres gens se faisaient rendre justice \u00e0 pr\u00e9sent, ce qui ne leur \u00e9tait jamais arriv\u00e9.<\/p>\n<p>\u2013 Mais enfin que font-ils par ici ? s\u2019\u00e9cria le Fran\u00e7ais en col\u00e8re. Qu\u2019ils retournent donc dans leur \u00eele ! Nous ne pouvons pas tol\u00e9rer qu\u2019ils se r\u00e9pandent ainsi partout dans le monde.<\/p>\n<p>\u2013 \u00c9videmment nous Am\u00e9ricains, qui vivons chez nous sur notre propre terre, nous avons du mal \u00e0 admettre que vous, peuples europ\u00e9ens, vous vous r\u00e9pandiez constamment dans d\u2019autres pays qui vous<br \/>\nsont parfaitement \u00e9trangers. Certes nous avons beau jeu de parler ainsi, car notre peuple dispose de plus de place qu\u2019il ne lui en faut. Quand nous commencerons \u00e0 \u00eatre surpeupl\u00e9s, nous devrons nous aussi proc\u00e9der \u00e0 des annexions. Mais pour l\u2019heure voici rien qu\u2019en Afrique du Nord l\u2019Italie en Abyssinie, l\u2019Angleterre en \u00c9gypte, la France en Alg\u00e9rie\u2026<\/p>\n<p>\u2013 La France ! s\u2019exclama Monsieur Fardet. Mais l\u2019Alg\u00e9rie appartient \u00e0 la France ! Vous riez, Monsieur ? J\u2019ai bien l\u2019honneur de vous souhaiter une tr\u00e8s bonne nuit !<\/p>\n<p>Dress\u00e9 dans sa dignit\u00e9 patriotique offens\u00e9e, il se leva pour regagner sa cabine.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le devoir des peuples sup\u00e9rieurs \u00e0 civiliser les races inf\u00e9rieures, bien que justifi\u00e9 par un habillage quelques peu remis au go\u00fbt du jour, reste intact dans les consciences occidentales. On retrouve l&rsquo;argumentaire ayant conduit \u00e0 la guerre en Irak. <\/p>\n<blockquote><p>\u2013 Ma foi, d\u00e9clara le colonel Cochrane en croisant les jambes et en se penchant en avant avec l\u2019air d\u00e9cid\u00e9 de quelqu\u2019un qui a une opinion bien arr\u00eat\u00e9e, je ne suis pas du tout d\u2019accord avec vous, Brown ! Et j\u2019estime que l\u2019\u00e9troitesse de votre raisonnement s\u2019accorde mal avec les imp\u00e9ratifs de l\u2019Angleterre. Je pense que derri\u00e8re les int\u00e9r\u00eats nationaux, derri\u00e8re la diplomatie et tout le reste, il existe une grande force directrice (une Providence, en fait) qui depuis toujours extrait le meilleur de chaque peuple et s\u2019en sert pour le bien de l\u2019ensemble. Quand un peuple cesse de s\u2019y soumettre, il est m\u00fbr pour quelques si\u00e8cles d\u2019h\u00f4pital, comme l\u2019Espagne ou la Gr\u00e8ce : c\u2019est que la qualit\u00e9 l\u2019a quitt\u00e9. Un homme ou une nation ne sont pas plac\u00e9s sur cette terre uniquement pour faire ce qui est agr\u00e9able ou ce qui rapporte. On nous demande souvent d\u2019entreprendre ce qui est \u00e0 la fois d\u00e9plaisant et co\u00fbteux ; mais si l\u2019entreprise est juste, nous devons marcher et ne pas nous d\u00e9rober\u2026<\/p>\n<p>Headingly fit un signe de t\u00eate approbateur.<\/p>\n<p>\u2013 \u2026 \u00c0 chacun sa propre mission ! L\u2019Allemagne excelle dans la pens\u00e9e abstraite ; la France dans la litt\u00e9rature, les arts et la gr\u00e2ce. Mais vous et nous (car tous ceux qui parlent anglais sont sur le m\u00eame bateau) nous avons dans notre \u00e9lite une conception plus \u00e9lev\u00e9e du sens moral et du devoir public que dans n\u2019importe quel autre peuple. Or, ce sont les deux qualit\u00e9s qui sont n\u00e9cessaires pour diriger une race plus faible. Vous ne pouvez pas aider des peuples faibles par de la pens\u00e9e abstraite ou des arts d\u2019agr\u00e9ment, mais seulement par ce sens moral qui tient en \u00e9quilibre les plateaux de la justice et qui se garde pur de toute souillure. C\u2019est ainsi que nous gouvernons les Indes. Nous sommes arriv\u00e9s l\u00e0-bas par l\u2019effet d\u2019une sorte de loi naturelle, tout comme l\u2019air se pr\u00e9cipite pour combler un vide. Partout dans le monde, contre notre int\u00e9r\u00eat direct et au m\u00e9pris de nos intentions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es, nous sommes pouss\u00e9s \u00e0 faire la m\u00eame chose. Cela vous arrivera \u00e0 vous aussi : la pression de la destin\u00e9e vous obligera \u00e0 administrer toute l\u2019Am\u00e9rique, du Mexique au cap Horn. <\/p>\n<p>Headingly \u00e9mit un sifflement.<\/p>\n<p>\u2013 Nos chauvins seraient heureux de vous entendre, colonel Cochrane ! dit-il. Ils voteraient pour vous au S\u00e9nat et feraient de vous un membre de la Commission des Affaires \u00c9trang\u00e8res !<\/p>\n<p>\u2013 Le monde est petit, et il se rapetisse chaque jour. Il constitue un organisme unique : une gangr\u00e8ne locale pourrait se propager et vicier tout l\u2019ensemble. Il n\u2019y a pas place sur la terre pour des gouvernements malhonn\u00eates, manquant \u00e0 leurs engagements, tyranniques, irresponsables. Leur existence serait toujours une source de troubles et de dangers. Mais de nombreuses races semblent \u00eatre si incapables de progr\u00e8s qu\u2019il faut d\u00e9sesp\u00e9rer de les voir un jour se donner un bon gouvernement. Que faut-il donc faire ? La Providence autrefois r\u00e9solvait le probl\u00e8me par l\u2019extermination : un Attila, un Tamerlan \u00e9laguaient les branches les plus faibles. Des r\u00e8gles moins rigoureuses se sont substitu\u00e9es : les Khanates de l\u2019Asie Centrale et les \u00c9tats prot\u00e9g\u00e9s de l\u2019Inde en sont le t\u00e9moignage. Puisque cette \u0153uvre doit \u00eatre accomplie, et puisque nous sommes les mieux outill\u00e9s pour la r\u00e9ussir, je pense que nous r\u00e9cuser serait une l\u00e2chet\u00e9 et un crime.<\/p>\n<p>\u2013 Mais qui tranche la question de savoir si vous \u00eates les mieux outill\u00e9s pour intervenir ? objecta l\u2019Am\u00e9ricain. N\u2019importe quelle nation pirate pourrait utiliser ce pr\u00e9texte pour s\u2019annexer la terre enti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u2013 Ce sont les \u00e9v\u00e9nements qui tranchent. Des \u00e9v\u00e9nements inexorables et in\u00e9vitables. Prenez par exemple cette affaire d\u2019\u00c9gypte. En 1881, personne ne songeait chez nous \u00e0 intervenir en \u00c9gypte ; et pourtant en 1882 nous avons pris possession du pays. La succession des \u00e9v\u00e9nements ne nous a pas laiss\u00e9 de choix. Un massacre dans les rues d\u2019Alexandrie, l\u2019installation de canons pour chasser notre flotte qui se trouvait l\u00e0, vous le savez, afin de remplir les solennelles obligations d\u2019un trait\u00e9, ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le bombardement. Le bombardement a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 un d\u00e9barquement destin\u00e9 \u00e0 sauver la ville de la destruction. Le d\u00e9barquement a entra\u00een\u00e9 une extension des op\u00e9rations\u2026 Et nous voici avec le pays sur les bras. Quand les troubles ont \u00e9clat\u00e9, nous avons suppli\u00e9, implor\u00e9 les Fran\u00e7ais et bien d\u2019autres de venir nous aider \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre : ils ont tous fait la sourde oreille, mais ils sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 nous tirer dans les jambes. Quand nous avons essay\u00e9 de sortir de ce gu\u00eapier, l\u2019insurrection des derviches a \u00e9clat\u00e9, et nous avons d\u00fb nous cramponner plus solidement que jamais. Nous n\u2019avons pas revendiqu\u00e9 cette t\u00e2che ; mais puisque nous sommes oblig\u00e9s de l\u2019accomplir, au moins faisons-la bien. Nous avons install\u00e9 la justice, purifi\u00e9 l\u2019administration, prot\u00e9g\u00e9 les pauvres. L\u2019\u00c9gypte a davantage progress\u00e9 au cours des douze derni\u00e8res ann\u00e9es que depuis l\u2019invasion musulmane au septi\u00e8me si\u00e8cle. En dehors du traitement de deux cents hommes, qui d\u00e9pensent d\u2019ailleurs leur argent dans le pays, l\u2019Angleterre n\u2019a pas retir\u00e9, directement ou indirectement, un seul shilling de toute l\u2019op\u00e9ration. Je ne<br \/>\ncrois pas que vous trouviez dans l\u2019histoire une \u0153uvre mieux r\u00e9ussie et plus d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e.<\/p><\/blockquote>\n<p> On retrouve les m\u00eames guerriers de l&rsquo;islam.<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 pr\u00e9sent le petit groupe d\u2019excursionnistes se tenait au pied du roc d\u2019Abousir ; si les Arabes n\u2019avaient pas brandi leurs fusils, ils auraient puse croire tomb\u00e9s aux mains de sauvages du septi\u00e8me si\u00e8cle ; rien en effet ne distinguait leurs ravisseurs des guerriers du d\u00e9sert qui les premiers avaient port\u00e9 l\u2019embl\u00e8me du croissant hors de l\u2019Arabie. L\u2019Orient est immuable. Les pillards derviches n\u2019\u00e9taient pas moins braves, moins cruels, moins fanatiques que leurs anc\u00eatres. Ils formaient le cercle, appuy\u00e9s sur leurs fusils ou leurs lances, et consid\u00e9raient leurs captifs avec des yeux triomphants.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les Fran\u00e7ais, libres-penseurs, prennent toujours autant \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re les questions religieuses, et les Occidentaux pensent toujours \u00eatre aim\u00e9s et servir de mod\u00e8le unanimement salu\u00e9s. Comment donc pourrait-on avoir des ennemis ?<\/p>\n<blockquote><p>\u2013 D\u2019apr\u00e8s ce que je comprends, r\u00e9pondit le colonel, tout est termin\u00e9 pour nous.<\/p>\n<p>\u2013 Mais c\u2019est absurde ! s\u2019\u00e9cria le Fran\u00e7ais tout excit\u00e9. Pourquoi ces gens l\u00e0 me feraient-ils le moindre mal ? Je ne leur ai jamais nui. Au contraire, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 leur ami. Si je pouvais leur parler, je me ferais comprendre.<\/p>\n<p>Hol\u00e0, interpr\u00e8te ! Mansoor !\u2026<\/p>\n<p>Les gestes passionn\u00e9s de Monsieur Fardet attir\u00e8rent l\u2019attention du chef bagarra. Celui-ci posa \u00e0 nouveau une question br\u00e8ve ; Mansoor, agenouill\u00e9 \u00e0 ses pieds, lui r\u00e9pondit.<\/p>\n<p>\u2013 \u2026 Dites-lui que je suis Fran\u00e7ais, interpr\u00e8te ! Dites-lui que je suis un ami du Khalife. Dites-lui que mes compatriotes n\u2019ont jamais eu de querelles avec lui, mais que ses ennemis sont aussi les n\u00f4tres !<\/p>\n<p>\u2013 Le chef demande quelle est votre religion, dit Mansoor. Il dit que le Khalife n\u2019a nullement besoin de l\u2019amiti\u00e9 des infid\u00e8les et des incroyants.<\/p>\n<p>\u2013 Expliquez-lui qu\u2019en France nous consid\u00e9rons toutes les religions comme bonnes.<\/p>\n<p>\u2013 Le chef dit qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un chien blasph\u00e9mant et le fils d\u2019un chien pour affirmer que toutes les religions sont aussi bonnes les unes que les autres. Il dit que si vous \u00eates vraiment l\u2019ami du Khalife, vous accepterez le Coran et deviendrez ici m\u00eame un v\u00e9ritable croyant. Dans ce cas, il vous enverra sain et sauf \u00e0 Khartoum.<\/p>\n<p>\u2013 Et sinon ?<\/p>\n<p>\u2013 Sinon, vous partagerez le sort des autres.<\/p>\n<p>\u2013 Alors pr\u00e9sentez mes compliments \u00e0 Monsieur le chef, et dites-lui que les Fran\u00e7ais n\u2019ont pas pour habitude de changer de religion sous la contrainte.<\/p>\n<p>Le chef pronon\u00e7a quelques mots, puis se d\u00e9tourna pour conf\u00e9rer avec un Arabe trapu qui se trouvait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<\/p>\n<p>\u2013 Il dit, Monsieur Fardet, poursuivit l\u2019interpr\u00e8te, que si vous parlez encore, il fera de vous une p\u00e2t\u00e9e qu\u2019il donnera aux chiens. N\u2019ajoutez rien qui le mette en col\u00e8re, Monsieur, car il est en train de d\u00e9cider de notre sort.<\/p><\/blockquote>\n<p>On retrouve ce pragmatisme des vrais croyants.<\/p>\n<blockquote><p>\u2013 Remercions le Ciel, Messieurs, car je crois que nous sommes sauv\u00e9s pour l\u2019instant ! murmura Mansoor en essuyant son front tout barbouill\u00e9 de sable. Ali Wad Ibrahim a dit qu\u2019un incroyant ne m\u00e9ritait que le tranchant du sabre de la part d\u2019un fils du Proph\u00e8te, mais que le beit-el-mal d\u2019Omdurman se trouverait mieux d\u2019avoir l\u2019or que paieraient pour vous vos familles. Jusqu\u2019au versement de cette ran\u00e7on, vous pourrez travailler comme esclaves du Khalife, \u00e0 moins qu\u2019il ne d\u00e9cide de vous mettre \u00e0 mort. Vous monterez \u00e0 dos de chameau et vous partirez avec le d\u00e9tachement.Ayant attendu la fin de la traduction, le chef donna un ordre bref ; un n\u00e8gre fit un pas en avant et leva un long sabre recourb\u00e9. L\u2019interpr\u00e8te se recroquevilla comme un lapin qui voit un furet et se prosterna \u00e0 nouveau sur le sable.<\/p>\n<p>\u2013 Que se passe-t-il, Cochrane ? demanda Cecil Brown. Le colonel avait en effet servi en Orient, et il \u00e9tait le seul des touristes \u00e0 avoir quelques notions d\u2019arabe.<\/p>\n<p>\u2013 Pour autant que je comprenne, il dit qu\u2019il est inutile d\u2019\u00e9pargner l\u2019interpr\u00e8te, puisque personne ne se soucierait de payer une ran\u00e7on pour lui, et qu\u2019il est trop gras pour faire un bon esclave.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, malgr\u00e9 tous les discours sur la <em>diff\u00e9rence<\/em>, sur <em>l&rsquo;Autre<\/em>, n&rsquo;est pas plus pens\u00e9e aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. L&rsquo;<em>alt\u00e9rit\u00e9<\/em>, l&rsquo;<em>Autre<\/em>, pour nos contemporains ce sont cuisines diff\u00e9rentes, des musiques aux sonorit\u00e9s lointaines, mais d\u00e8s qu&rsquo;on aborde la question des m\u0153urs l&rsquo;incompr\u00e9hension est totale.<\/p>\n<blockquote><p>\u2013 Ces gens-l\u00e0 n\u2019ont pas l\u2019air de vouloir nous faire du mal, Monsieur Stephens, remarqua-t-elle. Ils doivent avoir une religion tout comme nous ; sans doute trouvent-ils mauvais ce que nous trouvons mauvais\u2026<\/p>\n<p>Stephens hocha la t\u00eate sans r\u00e9pondre. Il avait assist\u00e9 au massacre des \u00e2niers, que n\u2019avait pas vu la vieille Am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>\u2013 \u2026 Peut-\u00eatre, reprit-elle, leur sommes-nous envoy\u00e9s pour les guider sur une meilleure voie. Peut-\u00eatre sommes-nous d\u00e9sign\u00e9s pour accomplir une bonne \u0153uvre chez eux.<\/p>\n<p>Si sa ni\u00e8ce n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0, son temp\u00e9rament \u00e9nergique et entreprenan taurait trouv\u00e9 du r\u00e9confort dans la possibilit\u00e9 d\u2019une glorieuse \u00e9vang\u00e9lisation de Khartoum, ou de la transformation d\u2019Omdurman en une petite r\u00e9plique d\u2019une ville de la Nouvelle-Angleterre aux larges avenues.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le portrait du Fran\u00e7ais du groupe est remarquablement contemporain m\u00eame si on peut penser qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, si on le lui demandait, il se convertirait sans faire de difficult\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p>\u2013 Moi j\u2019aurais aim\u00e9 mourir en dormant, dit Sadie. Ce doit \u00eatre merveilleux de s\u2019\u00e9veiller et de se trouver dans l\u2019autre monde ! Au coll\u00e8ge, Hetty Smith nous r\u00e9p\u00e9tait toujours : \u00ab Ne me dites pas bonne nuit, mais souhaitez-moi un bon matin dans un monde meilleur. \u00bb <\/p>\n<p>Sa tante puritaine hocha la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u2013 Se pr\u00e9senter sans pr\u00e9paration devant le Cr\u00e9ateur, Sadie, c\u2019est terrible !<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est la solitude de la mort qui est terrible, dit Madame Belmont. Si nous mourions en m\u00eame temps que tous ceux que nous aimons, nous envisagerions la mort simplement comme un changement de demeure.<\/p>\n<p>\u2013 Si le pis survient, nous ne serons pas seuls, rectifia son mari. Nous partirons tous ensemble, et nous trouverons de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 Brown, Headingly et Stuart qui nous attendent.<\/p>\n<p>Le Fran\u00e7ais haussa les \u00e9paules. Il ne croyait pas dans une autre vie apr\u00e8s la mort, mais il enviait aux deux catholiques la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de leur foi. Il sourit int\u00e9rieurement en pensant \u00e0 ce que diraient ses amis du caf\u00e9 Cubat s\u2019ils apprenaient qu\u2019il avait sacrifi\u00e9 sa vie sur l\u2019autel de la foi chr\u00e9tienne. Tant\u00f4t cette id\u00e9e l\u2019amusait, tant\u00f4t elle l\u2019exasp\u00e9rait ; ce qui ne l\u2019emp\u00eachait de soigner son poignet bless\u00e9 tout comme une m\u00e8re aurait emmaillot\u00e9 son b\u00e9b\u00e9 malade.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u2013 Et qui va argumenter avec ce moulah ? interrogea Fardet. Il importe grandement que la discussion se d\u00e9roule avec le plus de naturel possible, car s\u2019il supposait que nous ne faisions qu\u2019essayer de gagner du temps, il refuserait de nous endoctriner davantage.<\/p>\n<p>\u2013 Il me semble que Cochrane devrait s\u2019en charger, puisque la proposition \u00e9mane de lui, dit Belmont.<\/p>\n<p>\u2013 Excusez-moi ! s\u2019\u00e9cria le Fran\u00e7ais. Je ne voudrais rien dire contre notre ami le colonel, mais il n\u2019est pas possible que le m\u00eame homme excelle en tout. S\u2019il s\u2019en charge, c\u2019est aller d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au-devant d\u2019un \u00e9chec : le moulah lira dans le jeu du colonel \u00e0 livre ouvert.<\/p>\n<p>\u2013 Vous croyez ? demanda le colonel avec dignit\u00e9.<\/p>\n<p>\u2013 Oui, mon ami, il lira en vous ! Comme la plupart de vos compatriotes, vous manquez totalement de sympathie pour les id\u00e9es des autres peuples, et c\u2019est d\u2019ailleurs le grand d\u00e9faut que je reproche \u00e0 votre nation.<\/p>\n<p>\u2013 Oh, laissez tomber la politique ! s\u2019impatienta Belmont.<\/p>\n<p>\u2013 Je ne parle pas politique. Je parle pratique. Comment le colonel Cochrane pourrait-il faire croire au moulah qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse r\u00e9ellement \u00e0 sa religion, alors que pour lui il n\u2019existe pas d\u2019autre religion au monde<br \/>\nque celle que lui a inculqu\u00e9e la petite secte qui l\u2019a \u00e9lev\u00e9 ? J\u2019ajoute pour le colonel que je suis s\u00fbr que n\u2019ayant rien d\u2019un hypocrite, il ne pourrait jamais jouer assez bien la com\u00e9die pour abuser cet Arabe ! <\/p>\n<p>Le colonel avait le dos raide et le visage ferm\u00e9 de l\u2019homme qui se demande s\u2019il doit se consid\u00e9rer comme insult\u00e9 ou f\u00e9licit\u00e9.<\/p>\n<p>\u2013 Chargez-vous donc de la discussion si vous en avez envie, dit-il enfin. Je serai ravi d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 de cette corv\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2013 Je pense en effet que je suis le plus apte \u00e0 cette t\u00e2che, puisque toutes les religions m\u2019int\u00e9ressent \u00e9galement. Quand je cherche \u00e0 m\u2019informer, c\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 parce que je souhaite \u00eatre inform\u00e9, et non pas pour tenir un r\u00f4le.\n<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u2013 \u2026 Maintenant, reprit le moulah dont la voix avait perdu son timbre conciliant et persuasif, l\u2019heure est venue. Ici sur le sol j\u2019ai fait de ces deux b\u00e2tons le symbole absurde et superstitieux de votre ancienne religion. Vous allez les pi\u00e9tiner, en signe que vous abjurez ; vous baiserez le Coran, en signe que vous l\u2019acceptez ; et tout compl\u00e9ment d\u2019instruction dont vous auriez besoin vous sera donn\u00e9 par la suite. Les prisonniers s\u2019\u00e9taient lev\u00e9s : ces quatre hommes et ces trois femmes se trouvaient \u00e0 l\u2019heure d\u00e9cisive de leur destin\u00e9e. Seules peut-\u00eatre entre tous, Mademoiselle Adams et Madame Belmont avaient de fortes convictions religieuses. Ils \u00e9taient tous les sept des enfants de ce monde, et quelques-uns d\u00e9sapprouvaient tout ce que repr\u00e9sentait ce symbole dispos\u00e9 sur le sol. Mais la fiert\u00e9 europ\u00e9enne, la fiert\u00e9 de la race blanche bouillonna en eux et les maintint dans la foi de leurs compatriotes. Mobile humain ? Mobile coupable ? Mobile non chr\u00e9tien ? N\u2019importe : il les transformerait en martyrs publics de la foi chr\u00e9tienne. Dans le silence, dans la tension de leurs nerfs, un faible son r\u00e9sonna tout \u00e0 coup \u00e0 leurs oreilles. Le bruissement des feuilles de palmier au-dessus de leurs t\u00eates ne les emp\u00eacha pas d\u2019entendre au loin le galop rapide d\u2019un chameau.<\/p><\/blockquote>\n<p>Vous pourrez retrouver le roman \u00e0 cette adresse : <a href=\"http:\/\/fr.feedbooks.com\/book\/5194\/la-trag%C3%A9die-du-korosko\">La trag\u00e9die du Korosko<\/a><\/p>\n<p><\/br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Edit\u00e9 en 1896, La trag\u00e9die du Korosko d\u00e9peint l&rsquo;enl\u00e8vement de touristes Occidentaux naviguant sur le Nil jusqu&rsquo;\u00e0 la lisi\u00e8re du Soudan. Khartoum est tomb\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t (1885) sous les coups de la r\u00e9volte mahdiste, immortalis\u00e9e par Charlton Heston dans le film \u00e9ponyme. 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