{"id":437,"date":"2010-05-31T13:24:49","date_gmt":"2010-05-31T11:24:49","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=437"},"modified":"2010-11-21T11:55:19","modified_gmt":"2010-11-21T09:55:19","slug":"ayn-rand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2010\/05\/31\/ayn-rand\/","title":{"rendered":"Ayn Rand"},"content":{"rendered":"<p>Ces temps-ci, je m&rsquo;efforce d&rsquo;arr\u00eater progressivement la cigarette.<\/p>\n<p>Mon objectif est de descendre \u00e0 six clopes par jour, comme Jean-Marie Le Pen et Ma\u00eetre Thierry Levy, du barreau de Paris. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une esp\u00e8ce d&rsquo;investissement \u00e0 long terme, car si en principe, \u00a0je devrais \u00a0un jour \u00e9conomiser les neurones que la nicotine d\u00e9truit, je confesse avoir pour l&rsquo;instant du mal \u00e0 d\u00e9ployer mon imagination et faire tourner\u00a0cette belle m\u00e9canique qui me sert de cerveau.<\/p>\n<p>Je vais pourtant me livrer devant vos yeux \u00e0 un exercice qui entre tous n\u00e9cessite de l&rsquo;intelligence et de la profondeur (ainsi qu&rsquo;une\u00a0certaine\u00a0mauvaise foi dont j&rsquo;ai le secret et\u00a0qui force le respect de tous), \u00a0puisque je vais vous entretenir avec pertinence d&rsquo;Ayn Rand, un auteur dont je n&rsquo;ai jamais lu une ligne.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, je vais dire ce qui m&rsquo;a dissuad\u00e9 de me pencher sur son \u0153uvre et\u00a0rentrer en commerce avec elle&#8230;. Cette dame, me dit-on,\u00a0est une lib\u00e9rale qui non contente d&rsquo;avoir d\u00e9fendu ces convictions-l\u00e0\u00a0par l&rsquo;essai, leur a aussi consacr\u00e9 des romans.\u00a0<\/p>\n<p>Or, Je pense de l&rsquo;Art deux choses,\u00a0\u00e0 savoir d&rsquo;une part qu&rsquo;il a pour unique mission de montrer, et d&rsquo;autre part qu&rsquo;avant d&rsquo;ambitionner de montrer, il faut faire le serment de ne\u00a0pas d\u00e9montrer. Jamais. M\u00eame \u00e0 son insu, au d\u00e9bott\u00e9, entre les parenth\u00e8ses ou le temps d&rsquo;une introduction. Celui qui s&rsquo;engage \u00e0 montrer prononce des v\u0153ux et choisit la voie du sacerdoce, il fait un serment de passivit\u00e9, renonce \u00e0 trier ce qui d\u00e9file devant ses yeux et ce dont il va parler. Pour le dire autrement, il doit\u00a0renoncer \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 l&rsquo;inverse de ce\u00a0que racontent les escrocs litt\u00e9romanes qui font l&rsquo;\u00e9loge de l&rsquo;\u00e9criture et du <em>sentiment de libert\u00e9<\/em> que leur procure cette activit\u00e9 \u00e0 laquelle ils s&rsquo;adonnent en toute ill\u00e9gitimit\u00e9&#8230;. Puisqu&rsquo;on en est \u00e0 retourner les lieux communs pour les mettre sur leurs pieds, disons qu&rsquo;on \u00a0ne cr\u00e9e pas des \u0153uvres d&rsquo;Art pour s&rsquo;\u00e9panouir, mais on\u00a0offre au contraire sa peau dans l&rsquo;espoir de les voir naitre, et l&rsquo;on consent ainsi\u00a0\u00e0 descendre et m\u00eame \u00e0 s&rsquo;enfoncer jusqu&rsquo;\u00e0 ce que\u00a0notre corps artistique soit au firmament.\u00a0Toujours \u00e0 l&rsquo;inverse de ce que racontent les imb\u00e9ciles,\u00a0aucun artiste n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9\u00a0plus fou que vous et moi, la folie n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 le terreau du\u00a0g\u00e9nie, et c&rsquo;est au contraire le g\u00e9nie qui engendre la folie, le plus souvent au d\u00e9triment de l&rsquo;\u0153uvre. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une course contre la montre perdue d&rsquo;avance dont le but est\u00a0de\u00a0placer le point final avant que la d\u00e9mence ne vous rattrape et\u00a0fasse tourner votre production \u00e0 l&rsquo;histrionisme, la caricature et la pause du cabot.. Le peintre ou l&rsquo;\u00e9crivain ne doit pas seulement ambitionner de devenir fou, selon le mot de Dosto\u00efevski, mais tenter de finir son \u0153uvre avant d&rsquo;avoir \u00e0\u00a0se coiffer de son entonnoir.<\/p>\n<p>Aucune fronti\u00e8re ne s\u00e9pare l&rsquo;\u00e9crivain \u00e0 th\u00e8se de droite de son homologue de gauche, ils ont la m\u00eame vision de l&rsquo;art et la m\u00eame conception du monde,le royaliste\u00a0Fran\u00e7ois Copp\u00e9e a refait l&rsquo;\u0153uvre du R\u00e9publicain m\u00e9cr\u00e9ant Zola en croyant lui en opposer une,\u00a0pareil \u00e0 ce\u00a0les Hussards se sont engag\u00e9s dans une rivalit\u00e9 mim\u00e9tique\u00a0avec ce Sartre dont il s&rsquo;imaginait prendre le contre-pied, et c&rsquo;est bien pour \u00e7a qu&rsquo;il reste trois fois rien de Roger Nimier cinquante ans apr\u00e8s sa mort ou\u00a0que la post\u00e9rit\u00e9 a fait une croix sur D\u00e9on alors m\u00eame que ses obs\u00e8ques n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es dans le carnet du Figaro.<\/p>\n<p>Le romancier \u00e0 th\u00e8se lib\u00e9ral me semble encore davantage se vautrer dans l&rsquo;oxymore, un peu peu comme un gouvernement qui\u00a0 nationaliserait massivement l&rsquo;\u00e9conomie pour instaurer le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, en pla\u00e7ant aux secteurs clefs des adeptes d&rsquo;Hayek sans \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>Le lib\u00e9ral est en principe anim\u00e9 d&rsquo;une conviction cardinale, \u00e0 savoir que le commerce entre les hommes est une affaire de chair et de sang, qu&rsquo;il s&rsquo;agit par cons\u00e9quence d&rsquo;une chose infiniment irrationnel et complexe, qu&rsquo;il serait vain de vouloir\u00a0la faire passer sous les fourches caudines d&rsquo;un plan quinquennal. Il a foi dans la force infinie\u00a0de l&rsquo;Homme, il sait qu&rsquo;il finira par s&rsquo;extraire de tous les pi\u00e8ges et que des richesses incommensurables finiront toujours par jaillir de ses mains, mais il le sait aussi trop faible pour assigner une place au succ\u00e8s et d\u00e9terminer quand, comment et de quelle mani\u00e8re il va se pr\u00e9senter devant lui&#8230;. En faisant confiance au march\u00e9, ce n&rsquo;est pas \u00e0 une conviction \u00e9conomique qu&rsquo;il s&rsquo;adosse mais \u00e0 une conviction m\u00e9taphysique et spirituelle.<\/p>\n<p>Or,\u00a0s&rsquo;il pense du succ\u00e8s\u00a0qu&rsquo;il surgira comme Dieu le veut et quand Dieu le veut, qu&rsquo;il doit s&rsquo;aider pour que le ciel l&rsquo;aide sans jamais chercher \u00e0 percer son myst\u00e8re,\u00a0il porte alors\u00a0le m\u00eame regard sur\u00a0de ce qui donne un sens \u00e0\u00a0une vie ou\u00a0une \u0152uvre.<\/p>\n<p>Les antilib\u00e9raux font grief \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale d&rsquo;\u00eatre vide de sens, de ne proposer comme seul horizon que la consommation. En v\u00e9rit\u00e9, ils lui reprochent de ne pas assigner une place au sens, de leur laisser la responsabilit\u00e9 de chercher en hommes libres et donc en chr\u00e9tiens l&rsquo;endroit o\u00f9 le Sens a choisit de se nicher, d&rsquo;exercer leurs sensibilit\u00e9s et d&rsquo;avoir avec lui un rapport v\u00e9ritable. Pour le dire\u00a0 prosa\u00efquement,\u00a0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0ne vous indique pas o\u00f9 se trouve la po\u00e9sie pour que vous puissiez aller vers elle sans faire l&rsquo;effort de vous diriger en\u00a0po\u00e8te, mais elle vous laisse le soin de la voir o\u00f9 elle se trouve\u00a0et o\u00f9 elle est\u00a0cens\u00e9e ne pas \u00eatre,\u00a0dans un petit matin blafard d&rsquo;apr\u00e8s cuite plut\u00f4t que devant un coucher de soleil\u00a0(*), dans la beaut\u00e9 de la boite \u00e0 biscuit de notre enfance\u00a0davantage que dans une biennale.\u00a0<\/p>\n<p>En derni\u00e8re analyse, ceux qui reprochent \u00e0\u00a0cette soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui n&rsquo;assigne aucune place au sens d&rsquo;\u00eatre vide de sens sont des mat\u00e9rialistes, et de la pire esp\u00e8ce qui plus est.<\/p>\n<p>Pour les m\u00eames raisons, bien-s\u00fbr, on ne peut pas donner le moindre sens \u00e0 une \u0153uvre d&rsquo;art en le d\u00e9terminant soi-m\u00eame, \u00a0et si l&rsquo;on commet ce p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;esprit pour convaincre par le roman des bienfaits du lib\u00e9ralisme, on ne se contente sans doute pas de ne rien comprendre \u00e0 l&rsquo;art romanesque, mais on\u00a0fait\u00a0montre aussi son peu d&rsquo;app\u00e9tence pour ce qui constitue l&rsquo;essence du lib\u00e9ralisme&#8230; Pareil \u00e0 celui qui se voudrait artiste et pr\u00e9f\u00e9rerait faire des recensions de livres plut\u00f4t que de raconter la magie d&rsquo;un petit matin dans une rue sale et le bonheur du mac-do\u00a0trouv\u00e9 dans une poubelle qui \u00e9ponge le vin de la nuit(*).<\/p>\n<p>(*) allusion au superbe texte de Loun\u00e8s que j&rsquo;avais \u00e0 l&rsquo;esprit en me livrant \u00e0 ces quelques m\u00e9ditations&#8230; j&rsquo;avais aussi en m\u00e9moire quelques cuistres qui pensent avoir une proximit\u00e9 avec la litt\u00e9rature au pr\u00e9texte qu&rsquo;ils publient des fiches de lectures\u00a0r\u00e9dig\u00e9s le petit doigt en l&rsquo;air\u00a0pour dire combien Kafka ou Chateaubriand leur apporte du bohneuuur et combien c&rsquo;est merveilleux de liiire, mais je ne citerais pas de nom. Ce serait\u00a0 m\u00e9chant, et ce n&rsquo;est pas dans ma nature.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces temps-ci, je m&rsquo;efforce d&rsquo;arr\u00eater progressivement la cigarette. Mon objectif est de descendre \u00e0 six clopes par jour, comme Jean-Marie Le Pen et Ma\u00eetre Thierry Levy, du barreau de Paris. 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