{"id":4232,"date":"2011-10-13T11:05:18","date_gmt":"2011-10-13T09:05:18","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=4232"},"modified":"2011-05-29T19:16:58","modified_gmt":"2011-05-29T17:16:58","slug":"la-ferocite-de-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2011\/10\/13\/la-ferocite-de-la-guerre\/","title":{"rendered":"La f\u00e9rocit\u00e9 de la guerre"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Bielorentchenska\u00efa, 11 d\u00e9cembre 1942<\/p>\n<p>    [&#8230;]Les adversaires n&rsquo;attendent pas de quartier l&rsquo;un de l&rsquo;autre, et cette opinion, la propagande la renforce encore. C&rsquo;est ainsi que, l&rsquo;hiver dernier, un tra\u00eeneau charg\u00e9 d&rsquo;officiers russes passa par erreur dans les lignes allemandes. A l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 ils s&rsquo;en aper\u00e7urent, ils firent \u00e9clater au milieu d&rsquo;eux des grenades \u00e0 main. Quoi qu&rsquo;il en soit, on fait toujours des prisonniers, aussi bien pour se procurer de la main-d&rsquo;oeuvre que pour attirer des d\u00e9serteurs. Mais les partisans restent compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des lois de la guerre &#8211; dans la mesure o\u00f9 il est encore permis d&rsquo;en parler. Semblables \u00e0 des hordes de loups, ils sont traqu\u00e9s dans leurs for\u00eats pour y \u00eatre extermin\u00e9s jusqu&rsquo;au dernier. J&rsquo;ai appris ici des choses qui rel\u00e8vent purement et simplement de la zoologie.<br \/>\n    Sur le chemin du retour, j&rsquo;y r\u00e9fl\u00e9chissais encore. Dans ces r\u00e9gions s&rsquo;av\u00e8re une pens\u00e9e que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9e sous diff\u00e9rents aspects : l\u00e0 o\u00f9 tout est permis s&rsquo;implante tout d&rsquo;abord l&rsquo;anarchie, puis un ordre plus s\u00e9v\u00e8re. Celui qui tue son adversaire selon son bon plaisir ne peut pas, non plus, attendre de pardon ; ainsi se forment de nouvelles r\u00e8gles de combat, beaucoup plus dures.<br \/>\n    Th\u00e9oriquement, cela semble tentant, mais en pratique, on ne peut \u00e9luder le moment o\u00f9 il faut lever la main sur des hommes sans d\u00e9fense. Une telle chose n&rsquo;est possible, de sang-froid, que dans un combat avec des b\u00eates, ou dans des guerres men\u00e9es entre ath\u00e9es. Dans ce cas, la Croix Rouge n&rsquo;est plus qu&rsquo;un objectif sp\u00e9cialement visible.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ernst J\u00fcnger, <em>Notes du Caucase<\/em>, in. <em>Premier journal parisien<\/em>, Paris, Livre de poche, 1980, p. 257.<\/p>\n<p>Cet extrait relate l&rsquo;attaque d&rsquo;un commando allemand sur des partisans russes :<\/p>\n<blockquote><p>\n    Les partisans avaient \u00e9t\u00e9 surpris au r\u00e9veil. Chaque guetteur avait subi le sort du premier, tapi dans un arbre, dans une s\u00e9rie de corps \u00e0 corps silencieux. Lorsque les Russes virent surgir de la brume ces hommes vocif\u00e9rants dont toutes les armes crachaient le feu, il \u00e9tait trop tard. En quelques secondes des dizaines de cadavres jonch\u00e8rent la clairi\u00e8re. Les survivants se d\u00e9fendirent avec l&rsquo;\u00e9nergie du d\u00e9sespoir. Les salves ne d\u00e9tonnaient plus. C&rsquo;\u00e9tait une lutte \u00e0 l&rsquo;arme blanche, homme contre homme, homme contre femme, un r\u00e8glement de compte au couteau, \u00e0 la ba\u00efonnette, au poignard. Les pelles aff\u00fbt\u00e9es comme des rasoirs fauchaient tout ce qui tenait debout, tranchant les membres et d\u00e9fon\u00e7ant les cr\u00e2nes, accompagn\u00e9es de ahans de b\u00fbcheron et de cris d&rsquo;agonie. Une femme \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9capit\u00e9e s&rsquo;abattait sur son bourreau en lui labourant le visage et ce corps sans t\u00eate, encore vivant, lui arrachait des hurlements de terreur. Des hommes fuyaient le ventre ouvert en tra\u00eenant leurs boyaux comme des serpentins sanguinolents. D&rsquo;autres transform\u00e9s en torches vivantes par les lance-flammes couraient dans tous les sens, tombaient, se relevaient en hurlant avant de se recroqueviller sur le sol.<\/p><\/blockquote>\n<p>Paul Bonnecarrere, <em>Une victoire perdue<\/em>, p 253, Fayard, Le livre de poche, 1978.<\/p>\n<blockquote><p>\n    L\u00e2ch\u00e9es comme des meutes en lutte, les troupes d&rsquo;\u00e9lite des nations se ruaient par la p\u00e9nombre, assaillants intr\u00e9pides dress\u00e9s \u00e0 se jeter vers la mort au coup de sifflet, \u00e0 l&rsquo;ordre bref. Si deux \u00e9quipes de cette trempe se heurtaient dans les corridors \u00e9troits du d\u00e9sert de flammes, alors entraient en collision des corps o\u00f9 s&rsquo;incarnait la volont\u00e9 de deux peuples, au comble de sa brutalit\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;apog\u00e9e de la guerre, un apog\u00e9e surpassant encore toutes les horreurs qui venaient d&rsquo;\u00e9corcher les nerfs. Venait d&rsquo;abord une paralysante seconde de silence, lorsque les yeux se rencontraient. Puis un cri fusait vers la nue, abrupt, sauvage, rouge sang, qui se gravait dans les cerveaux comme un ind\u00e9l\u00e9bile marquage au fer rouge. Ce cri arrachait les voiles des mondes \u00e9motionnels t\u00e9n\u00e9breux et insoup\u00e7onn\u00e9s, il contraignait tous ceux qui entendaient \u00e0 bondir en avant pour tuer ou \u00eatre tu\u00e9s.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ernst J\u00fcnger &#8211; <em>La guerre comme exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, Christian Bourgeois \u00e9diteur, trad. de Fran\u00e7ois Poncet,1997 (1980), pages 65 &#038; 66.<\/p>\n<p><\/br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bielorentchenska\u00efa, 11 d\u00e9cembre 1942 [&#8230;]Les adversaires n&rsquo;attendent pas de quartier l&rsquo;un de l&rsquo;autre, et cette opinion, la propagande la renforce encore. C&rsquo;est ainsi que, l&rsquo;hiver dernier, un tra\u00eeneau charg\u00e9 d&rsquo;officiers russes passa par erreur dans les lignes allemandes. A l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 ils s&rsquo;en aper\u00e7urent, ils firent \u00e9clater au milieu d&rsquo;eux des grenades \u00e0 main. 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