{"id":326,"date":"2010-05-28T10:47:03","date_gmt":"2010-05-28T08:47:03","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=326"},"modified":"2010-11-21T11:47:55","modified_gmt":"2010-11-21T09:47:55","slug":"les-petaino-souverainistes-de-1940-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2010\/05\/28\/les-petaino-souverainistes-de-1940-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Les p\u00e9taino-souverainistes de 1940 \u00e0 nos jours"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>A l&rsquo;issue des comm\u00e9morations de la chute du mur de Berlin, \u00e9v\u00e9nement \u00e0 fort \u00e9cho m\u00e9diatique qui a vu Gorbatchev, Kohl, l&rsquo;opposition est-allemande ou encore Jean-Paul\u00a0II et Solidarnosc couverts de lauriers, un nom fut singuli\u00e8rement absent\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/356f\/ronald-reagan.html\">Ronald Reagan<\/a>. Cet oubli est autant injustifi\u00e9 qu&rsquo;il est, dans le fond, peu surprenant.<\/p>\n<p>Il est injustifi\u00e9 parce que l&rsquo;impact des choix de Reagan et de ceux de son administration sur l&rsquo;effondrement du bloc de l&rsquo;Est, dont la chute du mur est un des symboles les plus nets,\u00a0s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>Or, tout \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de la chute non violente et festive d&rsquo;un mur, aujourd&rsquo;hui \u00e9rig\u00e9e en symbole de l&rsquo;unit\u00e9 europ\u00e9enne, on fait un peu rapidement <em>tabula rasa <\/em>de la guerre froide, men\u00e9e en grande partie par l&rsquo;URSS et les Etats-Unis pendant quarante ans, et dont le mur de Berlin fut un enjeu et un symbole. Et l&rsquo;on oublie que le bloc de l&rsquo;Est d\u00e9liquescent de 1989 ne pr\u00e9senta pas toujours ce visage. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, le rapport de force \u00e9tait bien diff\u00e9rent\u00a0: les Sovi\u00e9tiques avan\u00e7aient leurs pions, en Am\u00e9rique latine, en Asie, en Europe de l&rsquo;Est via leurs missiles SS\u00a020. Et, tandis que Carter d\u00e9sarmait, une ligne dure \u2013 cons\u00e9quence, il faut le dire, de la faiblesse am\u00e9ricaine \u2013 pr\u00e9valait au Kremlin, malgr\u00e9 un terrible talon d&rsquo;Achille, une \u00e9conomie d\u00e9j\u00e0 mal en point. La grande r\u00e9ussite de Reagan et des siens est d&rsquo;avoir compris cette contradiction, de l&rsquo;avoir rendue insupportable pour Moscou et d&rsquo;avoir oblig\u00e9 ainsi l&rsquo;URSS \u00e0 demander gr\u00e2ce et \u00e0 se r\u00e9former.<\/p>\n<p>Pour atteindre cet objectif, il aura fallu \u00e0 Reagan trois ann\u00e9es seulement qui chang\u00e8rent d\u00e9finitivement la donne, de 1981 \u00e0 1983. Apr\u00e8s son accession au pouvoir, il ordonnait le plus fort r\u00e9armement am\u00e9ricain de tous les temps, en temps de paix, faisant fi de sa promesse de rigueur budg\u00e9taire. L&rsquo;URSS ne pouvait suivre. Il poussait son avantage, avec le bluff de la <em>\u00ab\u00a0guerre des \u00e9toiles\u00a0\u00bb<\/em> qui rendit fou le KGB, avec l&rsquo;installation des missiles Pershing en Europe, v\u00e9ritable \u00e9chec et mat de la strat\u00e9gie nucl\u00e9aire adverse, il acc\u00e9l\u00e9rait l&rsquo;enlisement sovi\u00e9tique en Afghanistan, offrant plus d&rsquo;armes de dernier cri et d&rsquo;argent aux moudjahidins que son pr\u00e9d\u00e9cesseur n&rsquo;avait os\u00e9 le faire, il ordonnait des missions de harc\u00e8lement de la CIA partout dans le monde, ainsi que le sabotage des technologies sovi\u00e9tiques de pointe.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9cisions, Reagan les a prises, plus d&rsquo;une fois, contre l&rsquo;avis de ses proches conseillers, convaincu que l&rsquo;URSS \u00e9tait battable. De mani\u00e8re plus anecdotique, il en ira ainsi de ces fameux mots de 1987, <em>\u00ab\u00a0M. Gorbatvev, faites tomber ce mur\u00a0\u00bb<\/em>, dont <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/abe8\/anthony-dolan.html\">Anthony Dolan<\/a>, son ancien <em>speech writer<\/em>,<em> <\/em>r\u00e9v\u00e9lait ces jours-ci dans le <em><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/25b4\/wall-street.html\">Wall Street<\/a> Journal <\/em>que Reagan les avait personnellement impos\u00e9s \u00e0 un cabinet hostile \u00e0 la perspective de provoquer Moscou. Sans nul doute, le monde libre doit beaucoup \u00e0 l&rsquo;anticommunisme sans concession, au g\u00e9nie tactique et \u00e0 l&rsquo;inflexibilit\u00e9 morale de cet ancien acteur souvent moqu\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat\u00a0: d\u00e8s 1983, les chefs du Kremlin savent qu&rsquo;ils ont perdu le bras de fer et que, s&rsquo;il veulent esp\u00e9rer inverser cette tendance, ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre choix que de r\u00e9former leur \u00e9conomie et d&rsquo;ouvrir leur pays, pour pouvoir produire non seulement de l&rsquo;acier pour les chars, mais aussi des puces \u00e9lectroniques pour les armes modernes. En 1983, le vieil Andropov pousse alors un jeune r\u00e9formateur au Politburo \u2013 le ver Gorbatchev est dans le fruit \u2013 et envoie son ambassadeur \u00e0 Washington, Dobrynine, montrer patte blanche \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/7f63\/maison-blanche.html\">Maison Blanche<\/a> et s&rsquo;enqu\u00e9rir des conditions am\u00e9ricaines d&rsquo;une n\u00e9gociation.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, l&rsquo;autre victoire de Reagan est d&rsquo;avoir accept\u00e9 de n\u00e9gocier tous azimuts avec les Sovi\u00e9tiques \u00e0 partir de 1983, afin de ne pas renforcer les durs du Kremlin, et d&rsquo;avoir compris qu&rsquo;il fallait apaiser le g\u00e9ant sovi\u00e9tique pour laisser Gorbatchev aller au bout d&rsquo;une <em>glasnost<\/em> et d&rsquo;une <em>perestro\u00efka <\/em>qui \u00e0 terme, mais cela Reagan l&rsquo;esp\u00e9rait sans en avoir la pr\u00e9science, m\u00e8neraient \u00e0 la chute du Mur et \u00e0 l&rsquo;effondrement sovi\u00e9tique. Bref, Reagan a su mettre fin \u00e0 la guerre froide calmement, sans apocalypse nucl\u00e9aire ni guerre civile \u00e0 Moscou et en Europe de l&rsquo;Est.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Reagan a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, et peut-\u00eatre m\u00eame, provoqu\u00e9, la chute de l&rsquo;URSS\u00a0\u00bb<\/em> me disait non sans amertume,\u00a0dans le cadre de mon documentaire, le g\u00e9n\u00e9ral Kalouguine, ancien chef de l&rsquo;espionnage sovi\u00e9tique aux Etats-Unis et proche d&rsquo;Andropov. Ce que disent aussi <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/8871\/alexander-bessmertnykh.html\">Alexander Bessmertnykh<\/a>, ancien ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, et bien d&rsquo;autres acteurs russes de cette histoire.<\/p>\n<p>Si les Sovi\u00e9tiques et les protagonistes outre-Atlantique connaissent bien le r\u00f4le exact de l&rsquo;administration Reagan, les premiers ont la d\u00e9faite discr\u00e8te et les seconds se sont entendus pour ne pas clamer leur victoire\u00a0: humilier l&rsquo;URSS de Gorbatchev, ou m\u00eame la <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/e91f\/russie-de-eltsine.html\">Russie de Eltsine<\/a> et Poutine, e\u00fbt rendu, et rendrait encore, les choses plus compliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas l\u00e0 la seule raison pour laquelle, sans surprise, on oublie le r\u00f4le de Reagan dans la chute du mur de Berlin. Nous, Europ\u00e9ens, \u00e9prouvons d&rsquo;\u00e9tranges difficult\u00e9s \u00e0 admettre que la guerre froide fut une guerre, certes froide, et qu&rsquo;elle a eu un vainqueur, que celui-ci fut le camp d\u00e9mocratique occidental, et que, partant, la chute du Mur est le symbole de la d\u00e9faite des Sovi\u00e9tiques autant que du triomphe de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;oubli de Reagan, la sous-estimation de son r\u00f4le, le m\u00e9pris dont il est, ici, souvent l&rsquo;objet, sont tout sauf anecdotiques. Leurs ressorts sont profond\u00e9ment id\u00e9ologiques. Depuis la fin de la <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/415b\/seconde-guerre.html\">Seconde Guerre<\/a> mondiale, l&rsquo;Europe, et particuli\u00e8rement la France, vivent dans l&rsquo;ir\u00e9nisme. La guerre froide s&rsquo;est jou\u00e9e au-dessus de leurs t\u00eates, \u00e0 l&rsquo;abri du parapluie am\u00e9ricain mais aussi dans sa n\u00e9gation. Partant, il est tentant de penser que le Mur est tomb\u00e9 uniquement gr\u00e2ce \u00e0 la magnanimit\u00e9 de Gorbatchev, \u00e0 la ruse de Kohl, au courage des Allemands de l&rsquo;Est, au demeurant bien r\u00e9els les uns et les autres.<\/p>\n<p>Il est notable que l&rsquo;oubli de Reagan intervienne \u00e0 l&rsquo;issue des huit ann\u00e9es de pr\u00e9sidence Bush et du fiasco irakien. Elles sont parvenues \u00e0 discr\u00e9diter aux yeux des opinions publiques ce qui fut le sel de la politique reaganienne\u00a0: le volontarisme politique, le refus du totalitarisme, une politique \u00e9trang\u00e8re intransigeante au service de valeurs et de principes forts. Il vrai que Reagan avait mis en \u0153uvre cette politique avec un subtil m\u00e9lange de morale et de r\u00e9alisme, voire de cynisme, qui fit cruellement d\u00e9faut \u00e0 Georges W.\u00a0Bush et aux siens. Reste que l&rsquo;exemple de Reagan devrait \u00eatre toujours actuel. Puisse <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/d309\/barack-obama.html\">Barack Obama<\/a> se souvenir de son pr\u00e9d\u00e9cesseur au bureau ovale.<br \/>\n<em><\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Du pass\u00e9, faisons table rase\u00a0\u00bb<\/em>, proclamait l&rsquo;Internationale\u00a0; l&rsquo;ancien \u00ab\u00a0bloc capitaliste\u00a0\u00bb, tout \u00e0 un n\u00e9olib\u00e9ralisme consum\u00e9riste qui va de pair avec l&rsquo;illusion de la paix perp\u00e9tuelle et l&rsquo;oubli de l&rsquo;Histoire, aura, au moins, r\u00e9alis\u00e9 cet id\u00e9al communiste. Oubliant au passage que les totalitarismes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ont du \u00eatre combattus avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9faits, et que Reagan, l&rsquo;homme de ce combat-l\u00e0,\u00a0m\u00e9rite, lui aussi, quelques lauriers.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/a3fb\/antoine-vitkine.html\">Antoine Vitkine<\/a>,<\/strong> journaliste.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette v\u00e9rit\u00e9 historique renvoie la France \u00e0 une autre: pendant les quarante-cinq ann\u00e9es que dura la troisi\u00e8me guerre mondiale,\u00a0elle n&rsquo;\u00e9tait\u00a0\u00a0pas en mesure d&rsquo;assurer sa s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;opposer la moindre r\u00e9sistance aux Mongols de l&rsquo;\u00e9poque,\u00a0des communistes\u00a0bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 la vitrifier et la r\u00e9duire en esclavage,\u00a0et\u00a0 si elle\u00a0put jouir\u00a0cependant d&rsquo; une relative\u00a0 souverainet\u00e9, c&rsquo;est paradoxalement parce qu&rsquo;elle fut contrainte d&rsquo;y renoncer en partie, d&rsquo;atteler son char \u00e0\u00a0son \u00e8re civilisationnelle et\u00a0confier sa d\u00e9fense \u00e0\u00a0une puissance \u00e9trang\u00e8re&#8230;\u00a0\u00a0Comme durant la pr\u00e9c\u00e9dente, ou sommes toutes, la conviction fondatrice sur laquelle\u00a0reposait\u00a0\u00a0la r\u00e9sistance \u00e9tait que\u00a0notre Occident finirait par compenser les faiblesses de\u00a0la France, en d\u00e9pit de qu&rsquo;en pensaient les souverainistes de Vichy.<\/p>\n<p>Pour reprendre les termes des p\u00e9taino-souverainistes, De Gaulle\u00a0 faisait donc <em>de l&rsquo;id\u00e9ologie<\/em> et\u00a0 comptait\u00a0 davantage sur les forces de<em>\u00a0l&rsquo;Empire\u00a0<\/em>que sur celles d&rsquo;une France\u00a0coup\u00e9e de\u00a0sa civilisation.<\/p>\n<p>Les souverainistes mettent la France\u00a0 au dessus de tout&#8230; De fait,\u00a0elle n&rsquo;est\u00a0\u00a0pas pour eux\u00a0 un sous-ensemble de l&rsquo;Occident mais\u00a0 une entit\u00e9 hors sol, sans attaches, c&rsquo;est \u00e0 dire une pure construction de l&rsquo;esprit, un produit de leur imagination.\u00a0Ce ne sont pas des \u00a0patriotes, mais tout au contraire des\u00a0\u00a0souverainistes, et l&rsquo;avenir du pays les pr\u00e9occupe bien moins que celle de leur lubie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;issue des comm\u00e9morations de la chute du mur de Berlin, \u00e9v\u00e9nement \u00e0 fort \u00e9cho m\u00e9diatique qui a vu Gorbatchev, Kohl, l&rsquo;opposition est-allemande ou encore Jean-Paul\u00a0II et Solidarnosc couverts de lauriers, un nom fut singuli\u00e8rement absent\u00a0: Ronald Reagan. 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