{"id":3127,"date":"2011-02-13T22:21:16","date_gmt":"2011-02-13T20:21:16","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=3127"},"modified":"2011-02-14T20:51:46","modified_gmt":"2011-02-14T18:51:46","slug":"harry-brown","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2011\/02\/13\/harry-brown\/","title":{"rendered":"Harry Brown contre les journalistes"},"content":{"rendered":"<p>Que reste-t-il quand tout a disparu ? Voil\u00e0 une question que ne risquent pas de se poser les lamentables critiques qui ont d\u00e9pos\u00e9 leurs \u00ab\u00a0papiers\u00a0\u00bb sur le chef d&rsquo;\u0153uvre \u00ab\u00a0Harry Brown\u00a0\u00bb de Daniel Barber. \u00ab\u00a0Naus\u00e9abond\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rance\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vomitif\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0naus\u00e9eux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0outrancier\u00a0\u00bb, et j&rsquo;en passe. Que l&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas, les critiques positives, enthousiastes, existent \u00e9galement. Le point commun \u00e9tant qu&rsquo;ils affirment tous que la \u00ab\u00a0face sociale\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e. C&rsquo;est \u00e9videmment faux (mais ils ne risquent pas de l&rsquo;admettre, \u00e9tant donn\u00e9 que c&rsquo;est bien l&rsquo;absence de ce <em>service public<\/em> qu&rsquo;est la s\u00e9curit\u00e9 qui pousse Harry \u00e0 mener son exp\u00e9dition, eux si prompts \u00e0 r\u00e9clamer cet alibi pour les exactions des criminels). Mais ce n&rsquo;est pas le probl\u00e8me. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 le probl\u00e8me : alors que l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des m\u00e9dias se consacre exclusivement, jour et nuit, \u00e0 ne produire que du discours moral, social, positif, progressiste, tol\u00e9rant, compr\u00e9hensif, s&rsquo;indignant du manque d&rsquo;indignation pacifiste, ils n&rsquo;ont pas compris que le sujet de ce film, c&rsquo;est eux. Non pas tant les m\u00e9dias, ou leurs rouages les journalistes, que le discours du Bien -auquel ils sont d\u00e9sormais identifi\u00e9s et qui interdit qu&rsquo;on les distingue les uns des autres- qu&rsquo;ils propagent (1). Eux qui voient des victimes partout et s&rsquo;offusquent qu&rsquo;un tel film <em>manque de nuances<\/em> !  <\/p>\n<p>N&rsquo;ayant pas compris qu&rsquo;une civilisation n&rsquo;existe que par la coexistence du Bien et du Mal, et les valeurs qui s&rsquo;en d\u00e9gagent, ils ne risquent pas de saisir que la violence nihiliste dite <em>des banlieues<\/em> n&rsquo;est que la compensation de ce discours lisse et onirique d&rsquo;un monde priv\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 originel et de tout ce qu&rsquo;il suppose dans la construction d&rsquo;un individu. En quoi un individu peut-il se distinguer de la massification d&rsquo;un tel discours, appel\u00e9 \u00e0 juste titre <em>discours unique<\/em> ? Rien. Je veux dire par l\u00e0 rien en propre. Et lorsqu&rsquo;un individu est priv\u00e9 de cette capacit\u00e9 \u00e0 distinguer le bien du mal, il ne peut plus que faire appel au nombre pour identifier quelque chose, ce nombre \u00e9tant incarn\u00e9 par les m\u00e9dias, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;\u00e9cran. L&rsquo;image. La t\u00e9l\u00e9vision. Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y trouve ? Le discours du Bien (2).  <\/p>\n<p>Absolument aucune des critiques que j&rsquo;ai lues n&rsquo;a relev\u00e9 les cinq premi\u00e8res minutes de ce film, cette limpide <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=UWK2db_-eVU\">sc\u00e8ne d&rsquo;ouverture<\/a>. Deux d\u00e9linquants \u00e0 moto se <em>filment<\/em> avec un t\u00e9l\u00e9phone portable en train de tirer sur une m\u00e8re qui prom\u00e8ne une poussette. Plus tard, l&rsquo;intrigue ne progresse que parce qu&rsquo;un autre criminel a film\u00e9 un autre crime de la m\u00eame fa\u00e7on. Un vieux lieutenant d&rsquo;une mis\u00e9rable maffia locale en fait d&rsquo;ailleurs le reproche \u00e0 une de ces jeunes recrues. Le r\u00e9alisateur ne fait l\u00e0, par ces \u00ab\u00a0d\u00e9tails\u00a0\u00bb que relever ce qui distingue radicalement la criminalit\u00e9 d&rsquo;autrefois de celle qui s&rsquo;installe. Et donc de l&rsquo;unique rep\u00e8re de ces jeunes (et de tout le monde). Point, justement, de social, d&rsquo;\u00e9conomique, de d\u00e9terminisme, de rousseauisme d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs, malgr\u00e9 le p\u00e9riple sanglant d&rsquo;Harry Brown, aucunement l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;apporte par l&rsquo;autod\u00e9fense une quelconque solution p\u00e9renne. La paix est install\u00e9e, mais on s&rsquo;en doute, provisoirement. D&rsquo;ailleurs, vers la fin, la conf\u00e9rence de presse, mensong\u00e8re, rassurante, morale, tout en Bien solutionnant, s&rsquo;entend alors que la cam\u00e9ra s&rsquo;attarde sur des plans larges de la cit\u00e9. Le discours onirique recouvre l\u00e0 encore le r\u00e9el. Tout peut recommencer. <\/p>\n<p>Une autre sc\u00e8ne met la puce \u00e0 l&rsquo;oreille : le dealer qui se filme en train de baiser une <em>junky<\/em>, et ne semble trouver de la satisfaction qu&rsquo;\u00e0 se repasser les images sur sa t\u00e9l\u00e9. Il est loin, on le sait, d&rsquo;\u00eatre le seul \u00e0 s&rsquo;adonner \u00e0 ce genre de pratique. La  destruction de la distinction-dans tous les domaines- des hommes et des femmes ayant \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9, leur co\u00eft ne produit plus le moindre plaisir, seul r\u00e9side, comme preuve que quelque chose a eu lieu, l&rsquo;image film\u00e9e puis projet\u00e9e. le seul rep\u00e8re. C&rsquo;est vrai puisque \u00e7a passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. La jouissance, la seule qui reste, est de faire passer sur un \u00e9cran ce qui ne passe pas \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 du Bien. Un \u00e9v\u00e9nement immoral r\u00e9el film\u00e9. C&rsquo;est le seul tabou encore valide. Alors on va cr\u00e9er du mal dans le seul but de le filmer et de le regarder via l&rsquo;\u00e9cran. La violence dite gratuite n&rsquo;a pour but que ce viol de l&rsquo;\u00e9cran-discours du Bien.(3) <\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, lorsque la t\u00e9l\u00e9 l\u00e2che par m\u00e9garde un peu de ce r\u00e9el entach\u00e9 de mal, on s&rsquo;en offusque. De la diffusion, pas du mal. Comme on a pu le voir cette semaine avec cette s\u00e9quence la guerre en Irak dans un JT, dans laquelle un sergent de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine perd ses jambes en sautant sur une mine. Courriers de t\u00e9l\u00e9spectateurs : il ne faut pas diffuser \u00e7a. La guerre, on est contre. Mais pas parce que c&rsquo;est mal, parce que c&rsquo;est r\u00e9el et que \u00e7a peut \u00eatre diffus\u00e9. <\/p>\n<p>Je ne cherche nullement ici \u00e0 excuser les petits ca\u00efds. Pour moi ce sont des merdes. Seulement voil\u00e0, la solution aux probl\u00e8mes, si solution il y a, ne peut \u00eatre enti\u00e8rement contenue dans l&rsquo;autod\u00e9fense, l&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;immigration, la critique de l&rsquo;Islam, la justice efficace ou la relance \u00e9conomique. C&rsquo;est que les causes de ces maux sont \u00e0 chercher de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 de ce qu&rsquo;est devenu le Bien. Ce Bien l\u00e0 est un nihilisme. Les critiques cin\u00e9ma de gauche (pl\u00e9onasme) peuvent bien r\u00e9clamer du social, faire comme si tout le discours n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement et totalement social, maternant, engag\u00e9, massifi\u00e9, tol\u00e9rant et maboul, ils sont l&rsquo;incarnation de cet onirisme du Bien, ils sont la cause et la garantie, eux et leurs clones, de la perp\u00e9tuation de ces crapules, leurs cousins en nihilisme. <\/p>\n<p>Ils ne s&rsquo;y sont pas tromp\u00e9s en voyant dans Harry Brown leur pire cauchemar.<\/p>\n<p>(1) tout ceci est bien \u00e9videmment compris dans les th\u00e8ses de Muray et de Baudrillard, dont les mauvais lecteurs refusent de faire le lien entre Paris-Plage (la d\u00e9r\u00e9alisation consentie comme victoire du Bien onirique) et les tournantes. Film\u00e9es, les tournantes.<br \/>\n(2) que ceux qui voient dans ce texte une volont\u00e9 de faire de la t\u00e9l\u00e9 une bonne t\u00e9l\u00e9 me relisent  : c&rsquo;est exactement le contraire; de toute fa\u00e7on, la t\u00e9l\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 en train de crever d&rsquo;elle-m\u00eame, c&rsquo;est bien, mais \u00e7a traine<br \/>\n(3) Les victimes, ainsi, aux yeux de leurs bourreaux, ne sont que des <em>seconds r\u00f4les<\/em>, voire des <em>pitch<\/em>, comme on dit, des opportunit\u00e9s de sc\u00e8nes, et plus elles sont effectivement faibles, ou d\u00e9clar\u00e9es telles par le discours du Bien, plus elles sont recherch\u00e9es. Les racailles de chez nous d\u00e9clarant d&rsquo;ailleurs clairement qu&rsquo;ils lynchent quelqu&rsquo;un parce que \u00ab\u00a0c&rsquo;\u00e9tait une victime\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>NB : on compl\u00e8tera le visionnage d&rsquo;Harry Brown par celui d&rsquo; \u00ab\u00a0A very british gangster\u00a0\u00bb, sur le path\u00e9tique Dominic Noonan et ses mignons, dont le r\u00eave n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre un criminel, mais un criminel film\u00e9, exactement comme cet autre braqueur franco-arabe qui a pondu un livre, et dont le r\u00eave lamentable, par del\u00e0 ses saccages, n&rsquo;\u00e9tait que de rencontrer son mentor : Michael Mann, ou quand le r\u00e9el recherche l\u00e0 encore l&rsquo;adoubement par la fiction, une esp\u00e8ce de recherche en paternit\u00e9 virtuelle, autre signe des temps, tout autant symbolique&#8230;  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que reste-t-il quand tout a disparu ? 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