{"id":2185,"date":"2010-11-26T02:17:52","date_gmt":"2010-11-26T00:17:52","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=2185"},"modified":"2010-11-26T12:06:28","modified_gmt":"2010-11-26T10:06:28","slug":"wynona-et-moi-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2010\/11\/26\/wynona-et-moi-i\/","title":{"rendered":"Winona et moi (I\/II)"},"content":{"rendered":"<p>Bzz&#8230;Bzz&#8230;Bzz fait le gros insecte qui s&rsquo;illumine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur le bureau alors que je surfe gentiment sur internet.<\/p>\n<p>Num\u00e9ro en 06 inconnu. Allo\u00a0? Il Sorpasssooooo\u00a0?! me hurle une femme manifestement hyst\u00e9rique \u00e0 travers mon Motorola vintage, comme si une vieille connaissance estudiantine refoul\u00e9e me croisait par hasard dans une rue bond\u00e9e et me faisait sursauter rien qu\u2019aux souvenirs li\u00e9s aux tonalit\u00e9s de sa voix.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la panique. J\u2019\u00e9carte rapidement mon oreille de l\u2019appareil, le dirige le plus loin possible en tendant le bras, j\u2019entends encore des minuscules \u00ab\u00a0allo\u00a0? allo\u00a0!\u00a0\u00bb gr\u00e9sillants et hargneux. \u00c7a ne me dit rien de bon. Je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 toutes vitesses. Je retiens ma respiration. Dois-je, encore une fois, interrompre le flux tendu de mon existence en r\u00e9pondant aux appels de l\u2019inconnu\u00a0et de l\u2019aventure ? R\u00e9sumons \u00e0 une vitesse quantique : \u00e7a ne peut pas \u00eatre la folle num\u00e9ro 1, j\u2019ai enregistr\u00e9 son num\u00e9ro sous le doux nom \u00ab\u00a0nepasr\u00e9pondre\u00a0\u00bb, la givr\u00e9e num\u00e9ro 2 elle-celle dont je vous ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9-, n\u2019a heureusement jamais eu mon num\u00e9ro et la cingl\u00e9e num\u00e9ro 3 a d\u00fb depuis longtemps se trouver une autre victime sur laquelle projeter l\u2019image obs\u00e9dante de son p\u00e8re qui l\u2019ignorait avec une constance jamais d\u00e9mentie m\u00eame et surtout lorsqu\u2019elle ramenait ses dessins de l\u2019\u00e9cole primaire au bas desquels elle avait maladroitement \u00e9crit \u00ab\u00a0pour mon papa que j\u2019aime \u00e0 la folie\u00a0\u00bb. OK, \u00e7a ce sont les vieux dossiers.<\/p>\n<p>Dans le rayon frais, ce n\u2019est pas non plus la voix de la serveuse masochiste crois\u00e9e pendant mes vacances en Bretagne, qui m\u00e9riterait un texte \u00e0 elle seule, ni de la folle du cul bourr\u00e9e qui faisait de l\u2019humanitaire rencontr\u00e9e \u00e0 l\u2019une des soir\u00e9es d\u2019anniversaire des trente de la copine de \u2026.qui, d\u00e9j\u00e0\u00a0? Pfouuu, on s\u2019en fout. \u00c7a ne peut pas \u00eatre non plus une des rares filles normales de mon maigre r\u00e9pertoire qui aurait chang\u00e9 de num\u00e9ro, elle n\u2019aurait pas ce ton allum\u00e9 de la fille-qui-appelle-pour-prendre-des-news-depuis-la-derni\u00e8re-fois-etsinont\u2019esmari\u00e9\u00a0? En tout cas, je ne peux pas prendre le risque. J\u2019entends le d\u00e9compte crescendo de la s\u00e9rie 24h. Je raccroche f\u00e9brilement en manquant trois fois de rater le bon petit bouton avec mon gros pouce, comme si je d\u00e9samor\u00e7ais une bombe dans un film \u00e0 la con. J\u2019ai le c\u0153ur qui bat, mais j\u2019ai au moins eut le r\u00e9flexe de ne pas \u00e9mettre le moindre son. Je m\u2019am\u00e9liore. Je laisse enfin l&rsquo;air p\u00e9n\u00e9trer mes poumons qui en ont bien besoin.<\/p>\n<p>Tout cela a dur\u00e9 quatre secondes.<\/p>\n<p>Reprenons les investigations m\u00e9morielles, parce qu&rsquo;on ne va pas se laisser emmerder par des conneries pareilles, hein ?\u00a0 La voix me rappelle vaguement quelqu\u2019un. Mais c\u2019est vieux. Dix ans au moins. Une main sur la bouche, je tapote nerveusement le coin de mon ordi de l\u2019autre, devant google qui semble me narguer\u00a0:<em> vas-y mec\u00a0! mais tu sais ce que c\u2019est de fouiller le pass\u00e9\u00a0! et tu risques de laisser des traces, ou te t\u2019embrouiller si jamais il t\u2019arriveras de lui r\u00e9pondre\u00a0! Comment parviendras-tu \u00e0 expliquer le fait que tu saches plus ou moins o\u00f9 elle habites, ce qu\u2019elle fait d\u00e9sormais, et, et l\u00e0 ce sera au son de ta voix qu\u2019elle flairera ton int\u00e9r\u00eat, si tu as intercept\u00e9 une photo r\u00e9cente d\u2019elle o\u00f9 elle appara\u00eet sous un jour qui te laissera sur le cul devant l\u2019\u00e9normit\u00e9 de la bombe sexuelle qu\u2019elle est devenue, ou qu\u2019elle est rest\u00e9e, soyons honn\u00eate \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre modeste<\/em>.<\/p>\n<p>Oui parce que c\u2019est forc\u00e9ment une fille avec laquelle tu as couch\u00e9. Le faux d\u00e9tachement \u00e9tonn\u00e9 et n\u00e9anmoins imperceptiblement langoureux avec lequel elle a prononc\u00e9 ton pr\u00e9nom ne trompe pas. C\u2019est m\u00eame une fille avec laquelle tu as d\u00fb couch\u00e9 sur une p\u00e9riode assez longue, le genre de p\u00e9riode qui laisse suffisamment de souvenirs pour lui laisser imaginer qu\u2019elle est en droit de me rappeler sans passer pour une d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. C\u2019est cela aussi cette intonation de fausse surprise, comme si c\u2019\u00e9tait moi qui rappelait, hein, au fond. Mais oui tout \u00e0 fait c\u2019est un hasard\u00a0! Une co\u00efncidence presque\u00a0! Elle aurait pr\u00e9text\u00e9 qu\u2019elle avait retrouv\u00e9 des photos en rangeant son studio, ou qu\u2019elle a crois\u00e9 une vieille connaissance commune et puis voil\u00e0, de fait, comme \u00e7a elle t\u00e9l\u00e9phone, allons-y\u00a0! Soyons fous\u00a0! On n\u2019est plus des gosses, ah ah ah, on peut s\u2019autoriser \u00e0 se donner des nouvelles r\u00e9ciproques sans pour autant se rem\u00e9morer de mani\u00e8re quasi-automatique et silencieuse les acrobaties au pieu, ou ailleurs, non non non, il faudrait avoir vraiment l\u2019esprit d\u00e9rang\u00e9 pour laisser des vieux stimuli pornographiques poussi\u00e9reux recouvrir cette tendre maturation de l\u2019adulte trentenaire qui s\u2019enquiert de ce qui a \u00e9t\u00e9 oui, une relation certes, mais, comme toutes les relations interrompues, au fond, une amiti\u00e9 avant tout.<\/p>\n<p>Il faut vraiment trainer une ridicule obsession masculine, touchante oui pourquoi pas, mais tellement d\u00e9pass\u00e9e, pour voir resurgir avec une \u00e9tonnante pr\u00e9cision la douceur de sa bouche avalante, l\u2019odeur poivr\u00e9e de son entrejambe moite, ou l\u2019impressionnante torsion de son visage au sommet du plaisir alors qu\u2019elle, baigne, bien que branch\u00e9e sur l&rsquo;imm\u00e9diat pr\u00e9sent, dans un oc\u00e9an d\u2019altruisme pr\u00e9-f\u00eates de No\u00ebl dont les limpides courants l\u2019entrainent sur les douces c\u00f4tes de la bienveillante r\u00e9miniscence de ton \u00eatre quasi-asexu\u00e9 par l\u2019\u00e9rosion des ans.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le tableau. Il n\u2019est pas tr\u00e8s original mais il poss\u00e8de l\u2019ironie de la r\u00e9p\u00e9tition. La bonne vieille grosse pi\u00e8ce, mont\u00e9e, le g\u00e2teau de mariage de la bouffonnerie romantique et du flicage internet, la tarte \u00e0 la cr\u00e8me des relations p\u00e9rim\u00e9es \u00e0 payer avec int\u00e9r\u00eats. Acte deux, sc\u00e8ne trois. Oui. Voil\u00e0. Entre l\u2019ancien amant par l\u2019entr\u00e9e dite du monde 2.0. Il n\u2019a rien demand\u00e9, on l\u2019a sonn\u00e9, siffl\u00e9, bip\u00e9, email\u00e9, pok\u00e9, \u00e9ssemess\u00e9, il se demande un peu ce qu\u2019il fout l\u00e0 au milieu de la sc\u00e8ne, les projecteurs dans les yeux, avec son t\u00e9l\u00e9phone portable, ce bracelet \u00e9lectronique \u00e0 usage des ex-maitresses en mal de rajeunissement narcissique \u00e0 peu de frais, mais \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il veille lui \u00e0 ce que le pauvre m\u00e2le forc\u00e9ment paum\u00e9 ne s\u2019\u00e9loigne pas trop des souvenirs envap\u00e9s de ces dames plus tr\u00e8s jeunes et pas encore m\u00fbres. On l\u2019observe, on attend qu\u2019il se d\u00e9coince, on sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on va rire un peu, c\u2019est entendu, c\u2019est m\u00eame pour \u00e7a qu\u2019on a pay\u00e9 son ticket, pour ne pas \u00eatre pris au d\u00e9pourvu. Chacun \u00e0 sa place et le monde en ressortira meilleur. Il a bien un peu l\u2019air niais, comme \u00e7a, l\u2019ancien petit copain,\u00a0 pris au d\u00e9pourvu. Il bafouille mais surtout il croit comprendre, il se hisse\u00a0! Le fou\u00a0! On le corrige, il se trompe, c\u2019est une m\u00e9prise\u00a0! Il croit qu\u2019il tient l\u00e0 un r\u00f4le important, flatteur\u00a0? Quiproquo\u00a0! G\u00eane\u00a0! Rebuffade f\u00e9minine\u00a0! Ricanements\u00a0dans la salle ! On lui explique avec tendresse, c\u2019est un petit gar\u00e7on, un cousin, un fr\u00e8re m\u00eame, l\u2019idiot de la famille presque. Il regarde \u00e0 droite \u00e0 gauche, il comprend enfin\u00a0! On s\u2019esclaffe\u00a0! Hilarit\u00e9 maximum\u00a0! La partie en jupons sourit tendrement. \u00c7a jouit un peu, mais pas assez, jamais assez. On le sent tiraill\u00e9, attis\u00e9 par la curiosit\u00e9, sonn\u00e9,\u00a0 maintenant compl\u00e8tement hypnotis\u00e9 par cette apparente sublime maitresse langoureusement \u00e9tendue sur une m\u00e9ridienne Empire. Bien plus \u00e2g\u00e9e que lui, petit bonhomme d\u00e9sormais. \u00c9tait-ce la m\u00eame qui partageait sa couche mais oui\u00a0! Et lui\u00a0? Il n\u2019a pas grandi \u00e9videmment. R\u00e9gress\u00e9 m\u00eame. Compl\u00e8tement inoffensif, s\u2019il se voyait. Il essaye dans un sursaut de fiert\u00e9 de faire l\u2019\u00e9talage de son parcours, il cherche des m\u00e9dailles, des titres, des batailles, des cicatrices. Un harem, pourquoi pas\u00a0? On n\u2019entend qu\u2019\u00e9mouvantes banalit\u00e9s, gentilles bravades, parades pu\u00e9riles. D\u00e9monstration laborieuse. Liste path\u00e9tique. Il a \u00e9puis\u00e9 son texte et ses recours, il s\u2019est fait avoir comme pr\u00e9vu, il rend les armes, honteux, on le cong\u00e9die d\u2019un clic, d\u2019un bip, d\u2019un slouch, d\u2019un plurp, d\u2019un floung, d&rsquo;un bzz. Applaudissements approbateurs, enthousiastes mais concern\u00e9s, cl\u00f4turant le passage oblig\u00e9\u00a0; on peut s\u2019en retourner aux tourments combien plus s\u00e9rieux de la future g\u00e9nitrice en errance.<\/p>\n<p><em>&#8230;\u00e0 suivre&#8230;<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bzz&#8230;Bzz&#8230;Bzz fait le gros insecte qui s&rsquo;illumine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur le bureau alors que je surfe gentiment sur internet. Num\u00e9ro en 06 inconnu. Allo\u00a0? 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