{"id":1884,"date":"2010-10-01T22:54:19","date_gmt":"2010-10-01T20:54:19","guid":{"rendered":"peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/?p=1884"},"modified":"2010-11-21T15:52:56","modified_gmt":"2010-11-21T13:52:56","slug":"moloch-cherche-kether","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/peresfondateurs.co\/blogs\/ilikeyourstyle\/2010\/10\/01\/moloch-cherche-kether\/","title":{"rendered":"Moloch cherche Kether"},"content":{"rendered":"<p>Oui, c&rsquo;est moi, V\u00e9ronique C. .Vous avez s\u00fbrement encore vu mon mari \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ou entendu \u00e0 la radio, il vient d&rsquo;\u00e9crire un livre, c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9visible. <em>Je ne pouvais pas l&rsquo;abandonner<\/em> que \u00e7a s&rsquo;appelle. Oh, comme tout le monde, vous comprenez que c&rsquo;est l\u00e0 un constat moral, vous entendez l&rsquo;antique \u00e9cho de l&rsquo;amour fid\u00e8le, de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amour, du pardon, en somme. Je tiens, et pourtant ce n&rsquo;est pas une habitude chez moi, \u00e0 rectifier. S&rsquo;il n&rsquo;a pas pu m&rsquo;abandonner, c&rsquo;est bien plus par narcissisme que par compassion. Mais le <em>narcissisme<\/em> est une notion d\u00e9su\u00e8te, \u00e0 combattre. Je parlerai donc, comme tout le monde, d&rsquo;Innocence. La compassion, ou l&rsquo;intimit\u00e9, dans notre couple, \u00e7a n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 quelque chose d&rsquo;\u00e9vident. Il n&rsquo;y a qu&rsquo; \u00e0 revoir les vieilles photos : on ne se regardait m\u00eame plus. On ne se souhaitait plus nos anniversaires et, \u00e9videmment, lorsque je rentrais de chez le coiffeur, il ne levait pas un sourcil. Pour notre mariage je portais une robe noire. C&rsquo;\u00e9tait ma fa\u00e7on \u00e0 moi d&rsquo;annoncer la couleur. Mais, tous, ils n&rsquo;ont rien voulu voir.<\/p>\n<p>Ah, \u00e7a oui, j&rsquo;\u00e9tais bien l&rsquo;\u00e9pouse introvertie et timide qu&rsquo;on a d\u00e9crite. Mais tout le monde persiste \u00e0 croire que \u00e7a contredit les faits, l&rsquo;intention. C&rsquo;est fou ce que les gens veulent<em> croire<\/em>. Non pas croire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, mais en leurs propres certitudes. C&rsquo;est fou ce que les gens, voisins de village comme amis, ont soutenu mon mari pendant le proc\u00e8s. La <em>solidarit\u00e9<\/em> que \u00e7a a suscit\u00e9. Encore aujourd&rsquo;hui, lorsqu&rsquo;on me croise et qu&rsquo;on me reconnait, les regards deviennent compr\u00e9hensifs, chaleureux. Protecteurs. \u00c7a n&rsquo;est jamais tr\u00e8s loin de la condescendance, on l&rsquo;imagine. Ah, \u00e7a, la condescendance, on peut dire qu&rsquo;on m&rsquo;en a donn\u00e9 \u00e0 plus savoir quoi en faire, et ce depuis l&rsquo;enfance. Oui, timide, introvertie, gentille, r\u00e9p\u00e9tons-le, c&rsquo;est bien moi. Je met mal \u00e0 l&rsquo;aise, d&rsquo;abord et puis, une fois qu&rsquo;on a compris que je ne ferai pas de mal \u00e0 ne mouche, \u00e7a sort tout seul, \u00e7a ce d\u00e9verse. C&rsquo;est dingue toute cette condescendance qu&rsquo;ils ont \u00e0 donner les gens. Allez pas croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a que les dipl\u00f4m\u00e9s, les cadres, les bourgeois prosp\u00e8res qui constituent ma famille qui s&rsquo;y adonnent \u00e0 cet automatisme, non, non : c&rsquo;est un luxe dont tout le monde raffole, bien que n&rsquo;ayant que rarement l&rsquo;occasion de s&rsquo;y adonner. Alors quand \u00e7a se pr\u00e9sente, vous pensez bien. Et n&rsquo;allez pas croire non plus que pendant le proc\u00e8s et apr\u00e8s les aveux, on se tenait subitement \u00e0 distance de moi, non ! \u00c7a redoublait, \u00e7a fusait de partout. Je ne crachais pas dessus. De toutes fa\u00e7ons je n&rsquo;ai jamais pu fonctionner autrement.<\/p>\n<p>\u00catre prise en charge en une seconde nature chez moi, inh\u00e9rente \u00e0 la premi\u00e8re, la <em>timide<\/em>. En prison j&rsquo;\u00e9tais bien, d&rsquo;ailleurs; je lisais Shakespeare, il y avait des horaires fixes, des m\u00e9decins, et puis des femmes, qui redoublaient de maternit\u00e9. Oui. Les femmes m&rsquo;aiment. Me soutiennent. La plupart des hommes aussi, m\u00eame si \u00e7a \u00e9tonne \u00e0 priori. Toute cette histoire n&rsquo;y a rien chang\u00e9, bien au contraire. \u00c7a fait beaucoup de monde en tout cas. \u00c7a faisait d\u00e9j\u00e0 beaucoup trop \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Je suis condamn\u00e9e \u00e0 \u00e7a. Alors oui, j&rsquo;ai p\u00e9t\u00e9 les plombs. Mais lentement. Avec d\u00e9termination. Je savais tr\u00e8s bien o\u00f9 j&rsquo;allais en venir, comme je l&rsquo;avais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 lors du proc\u00e8s, sans trop y croire. C&rsquo;est que je n&rsquo;ai pas l&rsquo;habitude. D&rsquo;\u00eatre m\u00e9chante. De ressentir un \u00ab\u00a0sentiment de toute-puissance\u00a0\u00bb comme ont os\u00e9 l&rsquo;affirmer certains psy. Les mauvais. Les bons psys eux, ils se bousculaient pour soutenir leur th\u00e8se. Le fameux D\u00e9ni. Ils ont \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 dire que je ne les avaient pas \u00e9touff\u00e9s, que c&rsquo;\u00e9tait en les sortant que je m&rsquo;y \u00e9tait mal prise, j&rsquo;ai eu beau r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient sortis tous seuls. Ah \u00e7a, les bons psys et leur Th\u00e8se, ils ont connu leur moment de gloire, on les a retrouv\u00e9s partout dans tous les magazines apr\u00e8s, jusque dans le bouquin de mon mari. Lui aussi il n&rsquo;aime pas les mauvais psy, ceux qui avaient gliss\u00e9 \u00e0 son sujet\u00a0 l&rsquo;incompr\u00e9hensible \u00ab\u00a0reconstruction narcissique\u00a0\u00bb et autres \u00ab\u00a0charabias abscons des psys\u00a0\u00bb comme l&rsquo;\u00e9crit un journaliste, juste\u00a0 avant de porter aux nues le grand, le fameux slogan de \u00ab\u00a0d\u00e9ni de grossesse\u00a0\u00bb. Le narcissisme, la toute-puissance, \u00e7a ne passe plus. Le d\u00e9ni de r\u00e9el marche tr\u00e8s bien. Ce n&rsquo;est pas tous les jours que la soci\u00e9t\u00e9 peut passer son grand examen de passage des temps modernes, lorsque ses deux ic\u00f4nes\u00a0 sacr\u00e9es se bouffent l&rsquo;une l&rsquo;autre : l&rsquo;enfant et la m\u00e8re.<\/p>\n<p>Tout l&rsquo;enjeu \u00e9tait de savoir si elles allaient s&rsquo;annuler ou se renforcer. \u00c7a c&rsquo;est renforc\u00e9. La m\u00e8re peut ne pas aimer, se servir de son enfant m\u00eame comme d\u00e9fouloir, qu&rsquo;on se rassure, dans ces cas-l\u00e0, elle est dans le <em>d\u00e9ni<\/em>. Lorsque le trop-plein de r\u00e9el et de frustrations ne peut se d\u00e9verser, lorsque tous les atroces pr\u00e9jug\u00e9s faisand\u00e9s sur la m\u00e8re innocente, forc\u00e9ment innocente, poussent celle l\u00e0 au crime, au crime parmi les crimes selon ces m\u00eames pr\u00e9jug\u00e9s, et bien les pr\u00e9jug\u00e9s s&rsquo;en sortent haut la main. Mon avocat a pourtant bien mis de cot\u00e9 le d\u00e9ni pour pr\u00e9f\u00e9rer plaider les circonstances att\u00e9nuantes, alors que j&rsquo;ai bien \u00e9t\u00e9 reconnue responsable, rien \u00e0 faire, rien ne n&rsquo;\u00e9touffera jamais ces psalmodies. Elles en sortent plus forts qu&rsquo;avant. Ce qui ne les tuent pas les rend plus fortes. C&rsquo;est qu&rsquo;ils ont tout de m\u00eame transpir\u00e9 \u00e0 l&rsquo;annonce de mes aveux, comme mon mari, pendant un instant. Un concentr\u00e9 de pr\u00e9jug\u00e9s satisfaits, celui-l\u00e0. Lui et sa ribambelle de coll\u00e8gues cadres gris et ternes qui ne l&rsquo;ont, \u00e9videmment, \u00e0 aucun moment <em>laiss\u00e9 tombe<\/em>r, comme lui ne m&rsquo;a pas <em>abandonn\u00e9e<\/em>. Les r\u00e9sultat ADN ? Il ne se les expliquaient pas. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 enceinte ? Impossible, il l&rsquo;aurait vu. J&rsquo;ai avou\u00e9. Vous pensez que \u00e7a l&rsquo;a fait revoir de fond en comble sa position ? Nullement. Au contraire. Plus proche et protecteur que jamais. C&rsquo;est qu&rsquo;il avait ses pr\u00e9jug\u00e9s d&rsquo;Innocence \u00e0 d\u00e9fendre. Il fallait donc que je sois moi-m\u00eame innocente. Malgr\u00e9 les faits, malgr\u00e9 mes d\u00e9positions, malgr\u00e9 ma condamnation. Malgr\u00e9 les trois cadavres. \u00ab\u00a0Il y a de la joie \u00e0 la maison\u00a0\u00bb a-t-il m\u00eame d\u00e9clar\u00e9 lorsqu&rsquo;il apprit le verdict, les huit ans, transform\u00e9s en quatre de pr\u00e9ventive; j&rsquo;allais bient\u00f4t rentrer.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9fricher un peu plus dans l&rsquo;Innocence, on en a rajout\u00e9. Dans la confusion. Dans l&rsquo;inversion des responsabilit\u00e9s. Innocents vous-dis-je. On a, l&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait de lui, \u00e9videmment, apr\u00e8s que nous ayons d\u00e9cid\u00e9 de donner une s\u00e9pulture aux deux cadavres encore existants, propos\u00e9 \u00e0 nos deux grands fils de choisir un pr\u00e9nom pour leur deux \u00ab\u00a0fr\u00e8res\u00a0\u00bb. Ils ont choisi Alexandre et Nicolas. Voil\u00e0. Ils ont particip\u00e9 au processus, ils sont eux-aussi Innocents dor\u00e9navant. Aujourd&rsquo;hui, ce ne sont bien s\u00fbr plus la culpabilit\u00e9 ni la damnation qui s&rsquo;h\u00e9ritent, se transmettent sur g\u00e9n\u00e9rations et g\u00e9n\u00e9rations, mais l&rsquo;Innocence. Cette innocence l\u00e0. Totale. Obligatoire. Jusqu&rsquo;au boutiste dans son propre aveuglement. Dans ses propres aveux. Rien ne sert de lutter. De toutes fa\u00e7ons, je n&rsquo;ai plus d&rsquo;ut\u00e9rus. De toutes fa\u00e7on \u00e7a n&rsquo;aurait servi \u00e0 rien. Quoique, la r\u00e9p\u00e9tition a toujours quelque chose d&rsquo;un peu obsc\u00e8ne. \u00c7a peut faire craqueler un peu l&rsquo;\u00e9difice. Mais ne nous mentons pas \u00e0 nous-m\u00eames, il a \u00e9t\u00e9 bien consolid\u00e9. Il se pr\u00e9munit contre son propre poids. Et s&rsquo;il se fissure, ce ne sera encore qu&rsquo;un moyen, qu&rsquo;une bonne raison, de s&rsquo;agrandir. L&rsquo;Innocence se nourrit du mal qu&rsquo;elle engendre. Vous pensez bien que mon affaire \u00e9tait pli\u00e9e d&rsquo;avance. La v\u00f4tre aussi, sachez-le. Car tout cela n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre que le sacrifice fondateur de notre nouveau monde. Libre \u00e0 vous d&rsquo;en saisir les transpositions des antiques totems et tabous pour savoir devant quoi on se prosterne. Libre \u00e0 vous de juger de sa toute-puissance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oui, c&rsquo;est moi, V\u00e9ronique C. .Vous avez s\u00fbrement encore vu mon mari \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ou entendu \u00e0 la radio, il vient d&rsquo;\u00e9crire un livre, c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9visible. Je ne pouvais pas l&rsquo;abandonner que \u00e7a s&rsquo;appelle. 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